Emilio Sanchez Mediavilla, Candide à Bahreïn


L’écrivain espagnol Emilio Sanchez ­Mediavilla, en 2022.

S’il y a un milieu qui n’a pas fait son aggiornamento en matière d’égalité des sexes, c’est bien celui de l’expatriation, où il n’existe aucun équivalent à l’expression quelque peu méprisante de « femme d’expatrié ». Pendant deux ans, de 2014 à 2016, Emilio Sanchez Mediavilla a, lui, été un « mari d’expatriée ». Il a suivi à Bahreïn sa compagne, Carla, affectée par son entreprise de télécommunications dans ce petit royaume du golfe Persique. Journaliste, il se voyait enfin révéler la face cachée des pétromonarchies du Golfe. Il a vite déchanté : l’interdiction d’exercer le journalisme sans permis dans cette dictature, l’obligation de réserve faite aux expatriés et à leur famille comme l’obstacle de la langue arabe ont vite eu raison de ses ambitions.

« Le projet d’un livre est né de cette frustration de ne pas pouvoir pratiquer le journalisme sérieusement sur place », raconte Emilio Sanchez Mediavilla, 43 ans, les cheveux et la barbe en bataille, lors d’un entretien réalisé de Madrid par visioconférence, à l’occasion de la sortie en France d’Une datcha dans le Golfe. La structure du livre, très libre, mêlant remarques ou expériences personnelles et explications politiques et historiques, a émergé une fois de retour à Madrid. Le manuscrit s’est nourri de ses souvenirs encore frais, d’un journal tenu sur place, mais aussi de nouveaux voyages, à Londres et à Berlin, pour rencontrer des membres exilés de l’opposition bahreïnie. L’auteur est également retourné à Bahreïn pour vérifier des détails et mettre la dernière main à son récit. Un souci de l’exactitude qui n’empêche pas un humour british et absurde de transparaître dans le livre, lorsqu’il raconte ses différentes stratégies pour obtenir de l’alcool, ses démarches pour se marier ou encore le rocambolesque séjour de Michael Jackson à Bahreïn, en 2005-2006.

La non-fiction, un genre qu’il affectionne

Pour Emilio Sanchez Mediavilla, ce premier livre portait un autre enjeu : la mise en pratique d’un genre qu’il affectionne tout particulièrement. Avec deux amis, il a fondé, en 2011, une petite maison d’édition, Libros del KO (« les livres du KO »), consacrée à la non-fiction, encore assez peu répandue en Espagne. S’il se reconnaît un modèle, ce n’est pas tant du côté du Polonais Ryszard Kapuscinski ou de la Belge Lieve Joris, maîtres du genre en Europe, que de l’auteur de BD québécois Guy Delisle. Lui aussi a suivi sa femme et raconté, au gré de ses mutations en Birmanie ou en Israël, un mélange de quotidien et de grande histoire.

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via LeMonde

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