En Afghanistan, les talibans annoncent une « amnistie générale » pour les fonctionnaires

L’aéroport international de Kaboul constitue désormais la seule porte de sortie du pays.

Les talibans ont annoncé, mardi 17 août, une « amnistie générale » pour tous les fonctionnaires d’Etat, les appelant à reprendre le travail, deux jours après s’être emparés du pouvoir en Afghanistan, grâce à une offensive éclair. « Une amnistie générale a été déclarée pour tous (…), donc vous devriez reprendre vos habitudes de vie en pleine confiance », ont déclaré les talibans dans un communiqué.

Des discussions sont encore en cours pour formaliser la prise du pouvoir par les talibans, qui ont multiplié les messages à l’intention de la communauté internationale pour l’assurer que les Afghans n’avaient rien à craindre d’eux. Mais beaucoup d’Afghans redoutent qu’ils n’imposent la même version ultrarigoriste de la loi islamique que lorsqu’ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001. Les femmes ne pouvaient alors ni travailler ni étudier. Le port de la burqa était obligatoire en public et elles ne pouvaient quitter leur domicile qu’accompagnées d’un mahram, un chaperon masculin de leur famille.

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Les talibans sont entrés dans Kaboul, la capitale, sans faire couler le sang, dimanche. Mais leur triomphe a déclenché des scènes de panique à l’aéroport de Kaboul, où des milliers de personnes tentaient désespérément de fuir le pays. L’aéroport international Hamid-Karzaï constitue la seule porte de sortie du pays, car les talibans contrôlent désormais tous les autres aéroports du territoire ainsi que toutes les frontières terrestres.

Joe Biden met en cause les dirigeants afghans

Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montraient des scènes de chaos, comme ces centaines de personnes courant près d’un avion de transport militaire américain sur une piste de décollage, pendant que certaines tentaient de s’accrocher à l’appareil.

Au moins cinq civils ont été tués à l’aéroport, lundi, mais on ignore s’ils l’ont été par balles ou dans des bousculades. Un responsable américain a déclaré que deux hommes armés soupçonnés d’avoir tiré dans la foule avaient été abattus par des GI.

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Lundi, le président des Etats-Unis, Joe Biden, a résolument défendu la décision de retirer les troupes américaines d’Afghanistan. Cible de vives critiques, il a répété que la mission de Washington n’avait jamais été de bâtir une nation démocratique dans un pays instable, mais d’« empêcher une attaque terroriste sur le sol américain ». Les Etats-Unis étaient intervenus en Afghanistan en 2001 en raison du refus des talibans de livrer le chef d’Al-Qaida, Oussama Ben Laden, dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001.

M. Biden a aussi mis en cause les dirigeants afghans, « incapables de négocier pour l’avenir de leur pays », qui ont « abandonné et se sont enfuis ». « Les troupes américaines ne peuvent et ne devraient pas se battre et mourir dans une guerre que les forces afghanes ne veulent pas livrer pour elles-mêmes », a-t-il ajouté, concédant toutefois que l’effondrement du gouvernement afghan avait été plus rapide « que [l’administration américaine ne l’avait] prévu ».

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Arrivée aux Emirats des premiers évacués français

Les Etats-Unis ont par ailleurs affirmé, lundi, que leurs relations avec l’Afghanistan dépendraient « du comportement des talibans ». « Un futur gouvernement afghan qui préserve les droits fondamentaux de son peuple (…), y compris de la moitié de sa population – ses femmes et ses filles – [et] qui n’offre pas de refuge aux terroristes » est « un gouvernement avec lequel nous pourrions travailler », a déclaré le porte-parole du département d’Etat, Ned Price.

Lundi, la Chine a été le premier pays à déclarer vouloir entretenir des « relations amicales » avec les talibans. La Russie et l’Iran ont aussi fait des gestes d’ouverture.

Washington a envoyé 6 000 militaires pour sécuriser l’aéroport de Kaboul et faire partir quelque 30 000 ressortissants américains et civils afghans ayant coopéré avec les Etats-Unis. Les vols, civils et militaires, suspendus lundi après-midi en raison de l’envahissement des pistes, ont repris dans la nuit, a annoncé le Pentagone. M. Biden a menacé les talibans d’une réponse militaire « rapide et puissante » s’ils perturbaient les opérations d’évacuation.

De Madrid à La Haye, en passant par Paris, Bucarest, Londres, plusieurs autres pays s’activent également pour rapatrier leurs ressortissants.

De son côté, la France a procédé dans la nuit à sa première évacuation grâce à un pont aérien reliant la capitale afghane aux Emirats arabes unis, a annoncé sur RTL la ministre des armées, Florence Parly, mardi matin. L’appareil, parti de France lundi, a amené des forces spéciales françaises à Kaboul pour qu’elles participent aux opérations d’évacuation.

Le Monde avec AFP et Reuters

via LeMonde

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