En Afrique du Sud, l’incendie du Parlement soulève des interrogations

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa s’adresse à la presse devant le Parlement en partie détruit par le feu, au Cap, le 2 janvier 2022.

Difficile d’imaginer symbole plus déconcertant pour marquer le début de l’année 2022 en Afrique du Sud. Alors que la corruption et la mauvaise gestion des affaires publiques sont au cœur des préoccupations nationales, dimanche 2 janvier, moins de vingt-quatre heures après avoir enterré sa « boussole morale », Desmond Tutu, le pays s’est réveillé en voyant brûler son Parlement au Cap, pilier de la démocratie situé à deux pas de la cathédrale où se sont tenues la veille les funérailles du Prix Nobel de la paix.

Tout au long de la journée, 70 pompiers ont bataillé contre le feu signalé aux environs de 6 heures du matin, dimanche. En fin d’après-midi, ils étaient encore occupés à maîtriser une partie de l’incendie qui a ravagé l’actuel siège de l’Assemblée nationale, la chambre basse du Parlement, ainsi qu’une partie de l’aile historique du bâtiment, achevée en 1884. Si l’incendie n’a pas fait de blessés, « tout le complexe est gravement endommagé », a indiqué l’adjoint en charge de la sécurité au sein de la municipalité du Cap, Jean-Pierre Smith.

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« Dans les vieux bâtiments, les bureaux au-dessus de l’ancienne chambre ont été incendiés, le toit s’est effondré. La chambre de l’Assemblée nationale est détruite également », expliquait le responsable, dimanche, en fin de matinée. La chambre haute du Parlement, le Conseil national des provinces, semble avoir été préservée des flammes. Inaccessible dans l’immédiat mais restée fermée, l’ancienne chambre, qui contient de nombreux objets historiques, pourrait également avoir été épargnée, espèrent les autorités. D’après le média sud-africain News24, la bibliothèque du Parlement aurait également été protégée des flammes.

« C’est une terrible nouvelle, particulièrement en ce moment, alors que nous venons de faire nos adieux à l’archevêque Desmond Tutu », a déclaré le président Cyril Ramaphosa, présent sur les lieux dimanche. « L’archevêque aurait été dévasté également, c’est un endroit qu’il a soutenu, pour lequel il a prié et qu’il voyait comme le dépositaire de la démocratie pour laquelle il a travaillé si dur », a ajouté le chef de l’Etat sud-africain qui a annoncé qu’un suspect avait été arrêté.

Des dysfonctionnements

Un homme de 49 ans est poursuivi pour « effraction, vol et incendie criminel » après avoir été interpellé sur les lieux en possession d’objets dérobés, ont confirmé les services de police. En fin de matinée, l’adjoint en charge de la sécurité au sein de la municipalité du Cap, Jean-Pierre Smith, soulignait que deux foyers distincts s’étaient propagés dans les différentes parties du bâtiment, émettant la possibilité d’une piste criminelle sans écarter celle d’un deuxième départ de feu lié au système électrique alors que celui-ci n’a pas disjoncté après le début de l’incendie.

En dépit de cette arrestation, certains dysfonctionnements interrogent. Les équipements de détection de fumée et d’arrosage automatique, en particulier, ont mis un long moment à s’activer. En mars 2021, un feu provoqué par un défaut du système électrique avait déjà endommagé certaines parties de l’aile historique du Parlement. La présidente de l’Assemblée nationale, Nosiviwe Mapisa-Nqakula assure que toutes les recommandations formulées après l’accident ont été mises en œuvre afin d’éviter un nouveau sinistre.

« Nous ne sommes pas surpris, nous sonnons l’alarme depuis longtemps en expliquant que le bâtiment ne respecte pas les normes d’hygiène et sécurité. L’air conditionné ne marche pas, les ascenseurs tombent en panne », dénonce pourtant Themba Gubula, porte-parole du principal syndicat des employés du Parlement. Devant le bâtiment dimanche matin, le responsable a également jeté un pavé dans la mare en assurant qu’aucun personnel de sécurité n’était présent sur les lieux dans la nuit de samedi à dimanche.

Le discours sur l’état de la nation maintenu

« Les officiers de sécurité travaillent normalement nuit et jour mais ils ont reçu la consigne de ne plus travailler le week-end et les jours fériés parce qu’il n’y a pas d’argent pour payer les heures supplémentaires. S’ils avaient été là, ils auraient pu alerter plus tôt », explique au Monde le porte-parole syndical. Interrogé dimanche à ce sujet, le responsable de la supervision de l’Assemblée nationale, Cedric Frolick, dit ne « pas être informé » de cette situation.

A l’inverse, le président Cyril Ramaphosa a souligné le « travail fantastique » des pompiers, présents sur les lieux six minutes après avoir été appelés dimanche matin. « Même si on peut penser que tout part à vau-l’eau, cela montre que certaines choses fonctionnent. Nous devons être reconnaissants qu’ils aient été là si vite, c’est une ville qui fonctionne, une province qui fonctionne et un gouvernement qui fonctionne », a insisté le chef de l’Etat. Sans cette intervention rapide, « l’Assemblée nationale et le Parlement seraient en cendres », a-t-il précisé.

Le travail de l’Hémicycle se poursuivra malgré l’incendie et la traditionnelle adresse sur l’état de la nation du président, qui doit se tenir dans les semaines à venir devant le Parlement, sera maintenue, indique la présidente de l’Assemblée nationale, Nosiviwe Mapisa-Nqakula. La ville du Cap a fait savoir qu’elle mettait à disposition la salle de son conseil municipal pour les travaux de l’Assemblée.

via LeMonde

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