En Allemagne, la vie sexuelle des soldats en débat

LETTRE DE BERLIN

Capture d’écran de l’affiche du documentaire de Thomas Ladenburger, « Ich bin Anastasia » (« Je suis Anastasia »), racontant l’histoire de la lieutenante-colonelle de la Bundeswehr, Anastasia Biefang.

Il est beaucoup question de l’armée allemande, ces temps-ci, et pas seulement à cause du fonds spécial de 100 milliards d’euros que lui a alloué le Bundestag, vendredi 3 juin, à une large majorité. Si la Bundeswehr est dans l’actualité, c’est aussi en raison d’une affaire en apparence anecdotique mais qui pose en réalité une question fondamentalement politique : un soldat a-t-il droit à la même vie sexuelle que n’importe quel citoyen ?

A l’évidence, la réponse est non, comme l’a appris à ses dépens Anastasia Biefang. Le 25 mai, le tribunal administratif fédéral a rejeté le recours déposé par cette lieutenante-colonelle de 47 ans contre le blâme que lui avait infligé sa hiérarchie, en 2019, à cause de son profil Tinder. Sur celui-ci, il était dit : « Directe, sensuelle, trans*, en relation ouverte, cherche sexe. All genders welcome [tous genres bienvenus]. »

Dans ce profil, celle qui commandait à l’époque le 381e bataillon de transmissions de la Bundeswehr, près de Berlin, n’avait fait aucune allusion à sa profession. Mais cela ne l’avait pas empêché d’être identifiée. Il faut dire qu’Anastasia Biefang jouit d’une certaine notoriété en Allemagne, notamment en raison du documentaire que lui a consacré le réalisateur Thomas Ladenburger en 2019. Sorti au cinéma sous le titre Ich bin Anastasia (« Je suis Anastasia »), racontant l’histoire de la lieutenante-colonelle de la Bundeswehr, Anastasia Biefang., le film raconte l’histoire de celle qui est devenue, en 2017, la première femme ouvertement transgenre ayant un grade d’officier supérieur dans l’armée allemande.

Dans son jugement, le tribunal administratif fédéral a estimé qu’un tel profil Tinder contrevient au « code de bonne conduite qu’une soldate doit respecter en dehors de son service, particulièrement quand il s’agit d’une commandante de bataillon ayant environ 1 000 personnes sous ses ordres, responsabilité qui implique qu’elle tienne compte des mots et des images qu’elle utilise sur Internet ».

Pour cette raison, écrit le tribunal, « il faut éviter des formulations pouvant donner la fausse impression d’une vie sexuelle sans discernement et d’un manque d’intégrité de caractère. Pour l’observateur avisé, les termes “relation ouverte, cherche sexe, tous genres bienvenus” peuvent en effet jeter un doute sur l’intégrité de caractère qui est requise, raison pour laquelle cette formulation a pu faire l’objet d’un blâme, mesure disciplinaire la moins sévère ».

« On n’est plus en 1955 »

Le jugement a suscité de nombreuses réactions, à la fois sur le plan juridique et politique. Dans un long article publié par la revue en ligne Legal Tribune Online, sous le titre « Pudibond et dangereux », l’avocat Patrick Heinemann, membre de la Société allemande de droit militaire et de droit international humanitaire, qualifie ainsi de « hautement problématique » les arguments du tribunal.

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via LeMonde

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