« En Allemagne, le gouvernement d’Olaf Scholz aura à jongler entre ruptures et continuités »

Tribune. « Oser plus de progrès. » Ce slogan de la nouvelle coalition au pouvoir en Allemagne est, en signe de renouveau, une allusion à un discours gouvernemental du chancelier social-démocrate Willy Brandt, en 1969, qui souhaitait alors « oser plus de démocratie ». Malgré de profondes divergences entre le SPD, les Verts et le Parti libéral FDP, le contrat de coalition entend donner un souffle pragmatique et modernisateur à la société allemande. La convergence entre convictions libérales, écologiques et européennes découle de cet impératif de changement, clé de voûte d’un programme ambitieux.

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Trois priorités seront décisives pour l’action gouvernementale : le tournant numérique de l’Etat, la réconciliation entre écologie et économie sociale de marché, la réinvention de l’Europe. Cependant, la nouvelle équipe aura également à assumer les nombreux chantiers laissés en suspens durant l’ère Merkel, dont l’actuel chancelier social-démocrate, Olaf Scholz, était le dernier ministre des finances. S’il a pris soin de renouer avec l’héritage de la précédente coalition CDU-SPD, son gouvernement aura tout de même à jongler, dans un pays aux blocages multiples, entre ruptures et continuités, qui présagent des tensions à venir.

Tout d’abord, la modernisation de l’Etat. L’enjeu est d’accélérer la numérisation, lacunaire, du service public, et d’en accélérer et simplifier les procédures. Rendre l’action de l’Etat plus efficace et plus transparente, équiper tout le territoire allemand en fibre optique et investir dans les technologies du futur : autant d’améliorations que les Allemands, rebutés par la lenteur de leur bureaucratie, attendent depuis belle lurette. Certes, il est tentant d’imputer les retards pris en ce domaine à l’absence de vigueur réformatrice de la chancelière, accaparée par la gestion permanente de crises, au cours de ses mandats successifs. Il est important aussi de souligner les résistances inhérentes au millefeuille fédéral, sa polyphonie institutionnelle et ses obstacles politiques. Cependant, la mécanique propre au travail de coalition avait attribué, lors de la mandature précédente, la mission numérique au CDU-CSU, moins entreprenant en la matière que la nouvelle génération arrivée au pouvoir, plus en phase avec ces enjeux.

Haute tension

Ensuite, le tournant vert de l’économie. Le contrat de coalition compte soutenir massivement les technologies vertes, la mobilité électrique et la promotion du trafic ferroviaire. L’objectif est d’accélérer la transition du pays vers le zéro carbone à travers le recours massif à l’hydrogène, la sortie accélérée du charbon en 2030 et le développement d’énergies renouvelables (solaire et éolienne), qui devraient représenter 80 % de la production d’électricité à la même date (contre 45 % aujourd’hui). Or, la sortie définitive du nucléaire étant programmée pour la fin 2022, la République fédérale devra mettre en place des centrales à gaz, indispensables pour pallier les insuffisances des renouvelables. Un choix qui, paradoxalement, accroît la dépendance aux énergies fossiles, d’autant que les Allemands seront toujours obligés de les importer de Russie pour faire face à leurs besoins croissants – le gazoduc North Stream 2 aura valeur de test !

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via LeMonde

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