En Allemagne, le SPD, les Verts et les libéraux sont parvenus à un accord de coalition

Olaf Scholz, le probable futur chancelier allemand, à Berlin, le 24 novembre.

Après seize années d’occupation du pouvoir par Angela Merkel, une nouvelle ère politique commence en Allemagne. Les sociaux-démocrates, les Verts et les libéraux ont dévoilé, mercredi 24 novembre dans l’après-midi, leur accord gouvernemental pour former la coalition qui va accéder au pouvoir, près de deux mois après les élections législatives, marquées par une débâcle historique pour le camp conservateur de la chancelière.

Le SPD s’apprête à prendre le pouvoir dans une alliance inédite avec les écologistes et le parti libéral FDP. Les trois formations ont distribué les portefeuilles ministériels : les Verts obtiennent les affaires étrangères et le climat, tandis que le très important et prestigieux maroquin des finances revient aux libéraux. Le document ne livre pas de nom, mais le président du FDP, Christian Lindner, un chantre de l’austérité budgétaire, est considéré comme favori pour endosser la fonction de grand argentier.

Les portes de la chancellerie sont désormais grandes ouvertes pour le social-démocrate Olaf Scholz, 63 ans, qui devrait être investi chancelier au début de décembre par le Bundestag. L’Allemagne tournera alors la page des années Merkel, celle-ci n’assurant plus que la gestion des affaires courantes depuis un mois.

Légalisation du cannabis

Négocié depuis plusieurs semaines, le contrat de coalition, baptisé « Oser plus de progrès – alliance pour la liberté, la justice et la durabilité », prévoit de revenir « en 2023 » aux règles de rigueur budgétaire, dont le frein constitutionnel à l’endettement. Après une année 2022 marquée encore par la pandémie, « nous limiterons à partir de 2023 l’endettement à ce que permet le frein constitutionnel », selon le contrat, qui prévoit toutefois des moyens budgétaires « sans précédent » pour respecter les objectifs climatiques.

Parmi ceux-ci : la sortie du charbon anticipée à 2030 « dans l’idéal », contre 2038 auparavant. « Cela exige le développement massif des énergies renouvelables », constate l’accord, et implique « la construction de centrales à gaz modernes afin de couvrir les besoins croissants en électricité et en énergie au cours des prochaines années à des prix compétitifs ».

La coalition veut aussi légaliser le cannabis, dont la vente dans des « magasins agréés » sera réservée « aux adultes ». « Cela permettra de contrôler la qualité, d’empêcher la transmission de substances contaminées et de garantir la protection de la jeunesse », précise le contrat de gouvernement, précisant que « l’impact social de la loi » serait évalué après quatre ans.

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L’accord a été ficelé à l’issue de négociations menées tambour battant. Le temps pressait, alors que la pandémie de Covid-19 n’a jamais été aussi virulente – nombres quotidiens de nouvelles infections inégalés, crainte d’une saturation des hôpitaux. Signe d’une nervosité grandissante face à la flambée des contaminations, Angela Merkel avait reçu mardi soir à la chancellerie les responsables des partis de la future coalition dite « feu tricolore ». Mercredi, le ministre de l’économie sortant a annoncé que le pays va prolonger ses aides aux entreprises jusqu’en avril 2022.

Ne pas répéter le scénario de 2017

Le contrat de coalition a été mis au point en un temps record : après des discussions exploratoires, sociaux-démocrates, Verts et libéraux étaient entrés dans le vif du sujet le 21 octobre avec la constitution de plus d’une vingtaine de groupes de travail. Le soir même des élections, tous avaient manifesté leur volonté d’aller vite pour ne pas répéter le scénario de 2017, quand Angela Merkel avait mis plus de cinq mois à constituer son gouvernement, paralysant l’Europe.

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La conclusion rapide d’un accord de gouvernement devrait rassurer les autres pays européens, inquiets après les législatives de voir l’Allemagne, poids lourd de l’Union européenne, sans réel capitaine à bord, au moment où les Vingt-Sept affrontent une nouvelle crise majeure à leurs portes avec l’afflux orchestré par la Biélorussie de milliers de Syriens et d’Irakiens à la frontière avec la Pologne.

Olaf Scholz, rompu aux arcanes de la négociation, a déjà fait ses premiers pas sur la scène internationale en accompagnant Angela Merkel au sommet du G20 le mois dernier à Rome et en participant informellement aux principaux entretiens bilatéraux, notamment avec le président américain, Joe Biden. Pour la première fois depuis seize ans, le SPD, arrivé en tête aux législatives avec 25,7 % des voix, va de nouveau diriger le gouvernement de la principale économie européenne.

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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