En Argentine, le combat d’un vétéran des Malouines pour récupérer sa carte militaire


Edgardo Esteban, ému, brandit sa carte militaire, à l’issue d’une cérémonie de remise officielle, organisée au ministère des affaires étrangères, à Buenos Aires, le 21 avril 2022.

LETTRE DE BUENOS AIRES

Les yeux brillants, Edgardo Esteban, 59 ans, brandit sa carte d’identité militaire, le point final à « un puzzle de quarante ans », selon ses déclarations, à l’issue de cette cérémonie filmée, organisée au ministère des affaires étrangères, à Buenos Aires, le 21 avril. Sur le précieux papier, une photo de lui en noir et blanc, en tenue de soldat. Il a 18 ans et les cheveux coupés à ras, à son grand dam – ce fan de Queen préférait les porter longs, comme la jeunesse de cette époque. Le tampon de l’armée est apposé, au-dessus de la mention de son groupe sanguin, A +, et de la date de la délivrance du document, le 2 juin 1981.

L’Argentine est alors en pleine dictature militaire, depuis le coup d’Etat de 1976, et c’est cette pièce d’identité que le jeune Edgardo Esteban porte sur lui quand il décide de rejoindre, comme soldat, l’archipel des Malouines, en avril 1982, à environ 500 km des côtes de la Patagonie argentine, un peu « comme une aventure », comme « s’[il allait] sur la Lune ». Avant de découvrir, à même pas 20 ans, « le mot mort », durant cette guerre qui oppose pendant soixante-quatorze jours, du 2 avril au 14 juin, l’Argentine au Royaume-Uni. Sous contrôle britannique depuis 1833, auparavant argentines, ces îles ont toujours été revendiquées par Buenos Aires. En 1982, la junte militaire, alors malmenée par une économie moribonde, voit là l’occasion de fédérer le pays autour d’une cause commune. Bilan : 649 morts côté argentin, 254 côté britannique. Une défaite qui accélère la chute de la dictature et le retour à la démocratie, en 1983.

« Je suis un homme qui aime la vie, mais cette blessure de la guerre, que je pensais fermée, s’est ouverte de nouveau avec intensité. [Ce document] me ramène à son souvenir », confie Edgardo Esteban, journaliste, actuellement directeur du Musée des Malouines et de l’Atlantique Sud, à Buenos Aires. Une carte d’identité volatilisée pendant des décennies, qui a voyagé à son insu depuis cet archipel situé à 12 000 km de Londres jusqu’au Royaume-Uni, avant de retrouver son propriétaire, racontant les plaies toujours à vif de ce conflit irrésolu, quarante ans plus tard.

« On m’a pris ma ceinture, mon casque, un étui… »

Octobre 2020. Edgardo Esteban apprend qu’un document lui appartenant est en vente aux enchères, sur le site eBay, au Royaume-Uni. C’est l’historienne argentine Alicia Panero qui découvre l’annonce : « Je suis abonnée à des alertes liées aux objets de la guerre des Malouines. Quand je découvre cette notification, je prends peur car j’avais eu une mauvaise expérience avec le casque d’un soldat argentin des Malouines, en 2019. Quand la vente du casque s’est ébruitée, le vendeur a augmenté son prix de façon exorbitante et il a fini par le vendre pour 11 500 livres sterling [13 485 euros] », rapporte-t-elle. Elle décide, cette fois, d’alerter discrètement les autorités.

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via LeMonde

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