En Birmanie, Aung San Suu Kyi poursuivie pour « fraude électorale » lors des législatives de 2020

La junte birmane resserre encore son étau judiciaire autour d’Aung San Suu Kyi. Les généraux inculpent la lauréate du prix Nobel de la paix 1991, renversée en février, pour « fraude électorale » lors des législatives de 2020, a rapporté le journal Global New Light of Myanmar, contrôlé par le régime, sans donner plus de détails, mardi 16 novembre.

Quinze autres responsables, dont l’ancien président Win Myint, également arrêté lors du coup d’Etat du 1er février, vont être poursuivis pour la même infraction.

La junte justifie son passage en force en assurant avoir découvert plus de 11 millions d’irrégularités lors des élections de novembre 2020, remportées haut la main par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi. Mais personne n’avait été inculpé pour cela jusqu’à présent. A l’époque, les observateurs internationaux avaient qualifié ce scrutin de « globalement libre et équitable ».

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Nouvelles élections d’ici à août 2023

Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a menacé de dissoudre la LND, principale force d’opposition en Birmanie. Il a assuré que de nouvelles élections seraient organisées d’ici à août 2023.

« La junte utilise des allégations fallacieuses de fraude électorale pour justifier son coup d’Etat », a déclaré à l’Agence France-Presse Richard Horsey, analyste à l’International Crisis Group. « Aung San Suu Kyi et son parti bénéficiaient d’un soutien écrasant des électeurs, les verdicts de culpabilité ne convaincront personne. »

Cette nouvelle inculpation de l’ancienne dirigeante, assignée à résidence depuis plus de neuf mois, intervient au lendemain de la libération du journaliste américain Danny Fenster, gracié après plus de six mois de détention à la veille d’un procès où il risquait une condamnation à la perpétuité pour terrorisme. Il a été expulsé vers les Etats-Unis.

Aung San Suu Kyi, 76 ans, est jugée depuis juin pour une multitude d’infractions – importation illégale de talkies-walkies, sédition, corruption, incitation aux troubles publics… Elle est également accusée d’avoir enfreint les règles de restrictions contre le Covid-19. Un premier verdict est attendu le 14 décembre dans ce volet de l’affaire. Elle risque de longues années de prison si elle est reconnue coupable. A la fin d’octobre, Win Htein, un de ses proches collaborateurs âgé de 80 ans, a été condamné à vingt ans de détention pour trahison.

Presse muselée par la junte

Les médias ne sont pas autorisés à assister au procès à huis clos d’Aung San Suu Kyi devant un tribunal spécial de Naypyidaw, la capitale. La junte a également interdit à son équipe juridique de parler à la presse et aux organisations internationales.

Le putsch de février a mis fin à une transition démocratique commencée dix ans auparavant. Depuis, les militaires mènent une répression sanglante contre leurs opposants : plus de 1 250 civils ont été tués et près de 7 300 personnes sont en détention, selon une ONG locale, l’Association d’assistance aux prisonniers politiques. Elle a rapporté des cas de tortures, de viols et d’exécutions extrajudiciaires.

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La presse est muselée par la junte, qui tente de renforcer son contrôle de l’information, limitant l’accès à l’Internet et annulant les licences des médias. Plus de cent journalistes ont été arrêtés ces derniers mois, selon l’association Reporting ASEAN. Trente et un d’entre eux sont toujours en détention.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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