En Birmanie, la répression des manifestations contre le coup d’Etat militaire prend un tournant sanglant

Les funérailles, le 23 février, d’un homme tué trois jours plus tôt par la police, lors d’une manifestation contre le coup d’Etat, à Rangoun.

L’escalade de la violence policière et militaire à l’encontre des manifestants birmans a marqué, dimanche 28 février, un sanglant tournant dans la partie de bras de fer engagée entre le pouvoir militaire et les protestataires depuis le coup d’Etat du 1er février. Cette nouvelle journée de rassemblement de masse vient peut-être de faire basculer le pays sur le chemin de la répression, ravivant la mémoire des terribles journées d’un précédent mouvement prodémocratique, en 1988.

Les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles dans la foule à Rangoun, plus grande ville et capitale économique du pays, à Mandalay, la grande cité du nord, mais aussi dans plusieurs agglomérations provinciales, à Bago, près de Rangoun, à Lashio, dans le nord est, à Moulmein, Hpa-An, Moulmein, Dawei et Myek, dans le sud, à Myawaddy, sur la frontière thaïlandaise.

Selon un décompte des Nations unies et celui de plusieurs agences de presse étrangère, dix-huit personnes sont mortes. Selon la télévision birmane indépendante DVB et d’autres médias locaux, le bilan pourrait dépasser les vingt tués. Des dizaines d’autres manifestants ont été blessés. Le nombre d’arrestations se chiffre à plusieurs centaines rien qu’en fin de semaine, alors que plus de sept cents autres personnes avaient déjà été appréhendées depuis le putsch. Les médias birmans, qui continuent d’être en mesure de relater les événements de manière quasi indépendante, semblent cependant être devenus des cibles : plusieurs journalistes, dont un Japonais – libéré quelques heures plus tard – ont été arrêtés samedi et dimanche.

Barricades, cocktails Molotov et coups de feu

Dans plusieurs villes, comme à Mandalay et Monywa, les habitants ont dressé des barricades dans les rues pour contrer l’avancée des policiers. Une vidéo tournée dans le centre-ville de Rangoun montre des manifestants casqués en train d’envoyer des cocktails Molotov et autres objets contre des policiers massés derrière leurs boucliers. On entend des coups de feu, des camions de police en mouvement sont hués par la foule à un carrefour. A Mandalay, une photo diffusée sur Internet montre deux soldats en uniforme, camouflés, viser de leur fusil d’invisibles manifestants derrière un grillage.

Pour les participants d’un mouvement de masse autogéré et sans chefs apparents, cette dure journée vient rappeler que les militaires de la junte de 2021 sont malgré tout les héritiers de ceux de la fin du siècle dernier, quand la répression se déroulait dans un pays encore quasi fermé du monde extérieur. Pour celles et ceux qui espéraient que la stratégie de contrôle des manifestants s’était assouplie, ce dimanche marque peut-être la fin de certaines illusions. Même si le bilan est encore loin d’atteindre celui des effrayants mois d’août et septembre 1988 au cours desquels, selon des estimations restées imprécises, près de deux mille personnes furent tuées, dont plus d’un millier rien qu’à Rangoun (le bilan global des morts de cette même année 1988 s’élève sans doute à 3 000).

Il vous reste 60.15% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
1
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Nucléaire iranien : Téhéran décline temporairement la proposition d’une réunion informelle sur l’accord de 2015

Next Post

Benyamin Nétanyahou menace l’Iran après l’attaque d’un navire de transport israélien en mer d’Oman

Related Posts