En Birmanie, l’exécution imminente de prisonniers politiques condamnés à mort provoque l’émoi


Kyaw Min Yu, alias Ko Jimmy, un des quatre opposants birmans risquant une exécution, en 2012 à Rangoun, lors de sa sortie de prison.

La rumeur, jeudi 16 juin, d’une exécution imminente de quatre condamnés à mort appartenant au mouvement de résistance contre le coup d’Etat du 1er février 2021, a mis en émoi les réseaux sociaux birmans. Deux d’entre eux font partie des figures les plus connues du combat pour la démocratie en Birmanie : le militant et écrivain Ko Jimmy, de son vrai nom Kyaw Min Yu, 53 ans, et le chanteur de hip-hop, Zayar Thaw, 41 ans, ex-député de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi.

Le premier, qui était un leader étudiant lors du soulèvement de 1988, a passé plus de quinze années en détention entre 1988 et 2012. Le second, cofondateur du premier groupe de hip-hop birman, Acid, emprisonné de 2008 à 2011 pour avoir mené une campagne de graffitis contre la junte d’alors, avait été élu député de la Ligue nationale pour la démocratie en 2012, lors des premières élections partielles qui lui furent ouvertes, puis de nouveau en 2016.

Tous deux ont été condamnés en janvier pour avoir organisé et planifié des attaques considérées par la junte comme des actes de terrorisme. Le 4 juin, le porte-parole du gouvernement issu du coup d’Etat a déclaré que les appels des deux prisonniers, et de deux autres condamnés à mort, étaient rejetés et qu’ils seraient pendus, provoquant une levée de boucliers de la part des ONG et de nombreux pays – dont la France, qui a critiqué une « décision abjecte ». En Birmanie, des manifestants ont déroulé une bannière promettant des « représailles » contre la junte, a signalé le site d’information prodémocratie The Irrawwady, sur Twitter, le 15 juin.

La dernière exécution en Birmanie a eu lieu en 1988. Si les précédentes juntes ont, elles aussi, condamné de nombreux opposants à mort, elles n’ont jamais procédé à des exécutions – les procédures d’appel n’ayant en général pas même été enclenchées. Or, 69 autres personnes condamnées à la peine capitale depuis le coup d’Etat de février 2021, se trouvent dans le couloir de la mort – 41 autres condamnés par contumace sont en fuite ou ont quitté le pays, selon l’Association d’assistance aux prisonniers politiques birmans.

Signaux contradictoires

La menace d’une mise en application de ces condamnations est le signe, selon les observateurs, d’un certain degré d’exaspération et d’impuissance au sommet. La junte semble manier la carotte et le bâton avec de moins en moins de subtilité : ainsi, le 14 juin, dix jours après avoir annoncé que l’exécution des quatre « terroristes » était imminente, la presse officielle, dont le quotidien Global New Light of Myanmar, publiait en première page un étrange appel, signé du Bureau d’information du gouvernement, à « ceux qui ont été convaincus par les organisations terroristes de commettre des actes terroristes », et de « lancer une résistance armée sous divers noms, dont celui de PDF » : ils sont « bienvenus pour revenir à la vie civile, à condition de déposer les armes ».

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via LeMonde

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