En Bulgarie, le premier ministre pro-européen désavoué


Le premier ministre bulgare, Kiril Petkov, quitte le Parlement après le vote d’une motion de censure, à Sofia (Bulgarie), le 22 juin 2022.

Le gouvernement de la coalition de Kiril Petkov – sortie victorieuse des urnes en novembre 2021 après trois scrutins législatifs d’affilée – est tombé six mois après sa formation, à la suite d’une motion de censure votée mercredi 22 juin par le Parlement. Déjà fragilisé par de fortes dissensions internes, aggravées par la guerre en Ukraine, le gouvernement de ce quadragénaire diplômé de Harvard ne disposait plus de majorité parlementaire depuis le 8 juin, le parti nationaliste ITN (« Il y a un tel peuple ») ayant alors quitté sa coalition quadripartite. Son leader, le chanteur Stanislav Trifonov, dit « Slavi », était notamment opposé à la politique d’ouverture de Kiril Petkov envers la Macédoine du Nord. La Bulgarie, membre de l’Union européenne depuis 2007, met son veto à d’adhésion de son petit voisin à l’Union européenne – il est candidat depuis 2005 –, en raison de contentieux historiques et culturels.

La France, en proposant sa médiation, avait espéré un feu vert de la Bulgarie pour ouvrir les négociations d’adhésion de Skopje avec Bruxelles. La chute du premier ministre bulgare pro-européen à la veille de la conférence sur les Balkans occidentaux, jeudi 23 juin, à Bruxelles, risque de compromettre toute avancée. Paradoxalement, l’ennemi politique de Kiril Petkov, l’ancien premier ministre Boïko Borissov, a annoncé soutenir la feuille de route française.

C’est ce ténor de la politique bulgare qui aura porté le coup de grâce au gouvernement de Petkov, qui souhaitait rompre avec la corruption de son prédécesseur et adopter l’euro dès 2024. Avec sa coalition de droite GERB-SDS, il a réuni sans difficulté les voix nécessaires pour faire approuver la motion de censure, officiellement motivée par « l’échec de la politique économique et financière du gouvernement », alors que l’inflation culminait à 15,6 % au mois de mai. A la suite des sanctions européennes envers Moscou, Gazprom a suspendu ses livraisons de gaz à la Bulgarie en avril, augmentant encore le prix de l’hydrocarbure.

Kiril Petkov aura beau avoir rassemblé des milliers de sympathisants – mais aussi d’opposants – aux alentours du Parlement ces derniers jours et convaincu six députés dissidents d’ITN, il lui aura manqué l’aval de cinq parlementaires supplémentaires. « Je vous promets (…) qu’un jour nous aurons un Etat européen qui réussit, sans arrangement en coulisses, ni mafia », a-t-il déclaré mercredi à l’issue du vote.

Coalition « disloquée de l’intérieur »

« Kiril Petkov était à la tête d’une coalition très fragile, bâtie autour de partis hétéroclites, aux idéologies divergentes, qui reposaient eux-mêmes sur des coalitions », explique la sociologue Boriana Dimitrova, à la tête de la société de sondage Alpha Research. Et les désaccords au sein du gouvernement se sont multipliés ces derniers mois, qu’il s’agisse de livrer des armes à l’Ukraine, d’approuver les sanctions contre la Russie ou encore de lever le veto sur la Macédoine du Nord.

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via LeMonde

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