En Bulgarie, un scrutin sur fond d’hécatombe sanitaire

Un infirmier dans l’unité Covid de l’hôpital universitaire de Lozenetz, à Sofia, en Bulgarie, le 9 novembre 2021.

Roumen, 56 ans, enlève brièvement son masque à oxygène pour pouvoir mieux témoigner. « Cela fait onze jours que je suis ici, je conseille à tout le monde de se faire vacciner, personne n’a été vacciné dans ma famille, et tout le monde va mal », interpelle, à bout de souffle, ce directeur technique audiovisuel, de son lit de l’hôpital St. Anna de Sofia, en Bulgarie. Dans sa chambre normalement prévue pour deux personnes, un troisième lit a été installé à ses pieds, faute de place ailleurs. Il est occupé par Tamer Ahmed, 31 ans, ingénieur en bâtiment. Non vacciné. « Je regrette un peu. Jamais je n’aurais pensé pouvoir finir ici, c’est la première fois de ma vie que je suis hospitalisé. »

Dans ce service de cardiologie reconverti en unité Covid-19 face à la gravité de la quatrième vague qui déferle actuellement dans ce pays des Balkans, ces deux hommes sont plutôt une exception. La dynamique docteure Rada Prokopova, 54 ans, a beau marteler qu’elle n’accueille qu’un seul vacciné dans tout son service, c’est souvent le scepticisme qui règne parmi ses patients. « Il y a des vaccinés quand même positifs ! », « Pourquoi doit-on signer un papier qui décharge les laboratoires de toute responsabilité ? », « J’ai des allergies très sévères », entend-on régulièrement. « Le manque de confiance est un problème national », se désespère la cardiologue, qui rêve d’une « obligation vaccinale ».

Lire aussi la tribune : Article réservé à nos abonnés « Le Covid-19 érode la confiance des jeunes Européens dans le système politique »

Passe sanitaire fustigé

Elle sait toutefois que cette hypothèse est explosive en Bulgarie. En campagne permanente depuis près d’un an après deux scrutins législatifs qui n’ont débouché sur aucune majorité, les responsables politiques bulgares restent, en effet, largement opposés aux mesures coercitives, alors qu’un nouveau scrutin est organisé, dimanche 14 novembre, simultanément avec une présidentielle.

Introduit en urgence le 21 octobre, même le passe sanitaire reste fustigé par de nombreux candidats, de l’extrême droite au Parti socialiste, alors même qu’il semble avoir permis un début de ralentissement des contaminations ces derniers jours. Certains candidats le comparent même ouvertement à un « génocide » (en référence au certificat d’aryanité du régime nazi) et le vaccin « à un implant pour être contrôlé par une conscience supérieure ».

Légalement, le directeur de l’hôpital St. Anna, Slavcho Bliznakov, ne peut même pas forcer ses propres personnels médicaux à se faire vacciner. Dans les couloirs, une employée l’interpelle pour dire qu’elle refuse toujours le vaccin. « Je vais vous mettre en congé de force », lui répond-il abruptement, mais sans vraie conviction. Grâce à ce qu’il appelle cette « pression administrative », il s’enorgueillit toutefois d’avoir convaincu « 98 % des médecins et 80 % des infirmières » de son établissement. Dans le reste du pays, le taux de vaccination des infirmiers ne dépasse bien souvent pas 40 %.

Il vous reste 61.9% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess