En Californie, des algues toxiques suspectées dans la mort d’une famille de randonneurs et de leur chien

La Forêt nationale de Sierra, en Californie.

LETTRE DE SAN FRANCISCO

Ce pourrait être un épisode de « Park Predators », le podcast de série noire dédié aux crimes commis dans les parcs nationaux. Le programme s’est fait une spécialité de ces cold cases non élucidés dans les campings ou les forêts des Etats-Unis. « Les endroits les plus beaux cachent parfois les secrets les plus noirs », prévient l’émission.

L’histoire qui nous occupe pourrait figurer dans la série. A ceci près que le prédateur en question n’est pas affilié au genre humain. Ni même animal, quoi que les ours, pumas et autres bisons qui peuplent les grands parcs américains fassent occasionnellement des victimes. Ici, le suspect appartient au règne végétal. Il est anodin, immobile, posé à la surface de l’eau. C’est une algue toxique ; et elle serait responsable de la mort d’une famille de trois personnes et de leur chien, en Californie. Un « crime » sans précédent.

« Dangers inconnus »

Le 15 août, John Gerrish, 45 ans, sa femme Ellen Chung, 31 ans, et leur fillette d’un an, Miju, étaient partis en randonnée avec leur chien Oski, sur un sentier de la Sierra National Forest, au sud du parc du Yosemite, l’un des joyaux de la Californie. Ils connaissaient bien les lieux. Gerrish, un informaticien d’origine anglaise, ancien de Google et actuel employé de Snapchat, avait profité de la pandémie et du travail à distance pour quitter San Francisco et s’installer à Mariposa, à trois heures de la baie. Sa femme et lui étaient des marcheurs aguerris. Ils avaient arpenté l’Himalaya et le désert de Gobi.

Partis pour la journée, ils ne sont jamais rentrés. Après douze heures de recherches, leurs corps ont été trouvés dans la zone dite de Devil’s Gulch (le « ravin du diable »), sur le bras sud de la rivière Merced. John Gerrish a été découvert assis sur le chemin, à côté du bébé. L’épouse, à une dizaine de mètres, un peu plus haut sur le sentier. Leur voiture, une camionnette Ford, était garée à 3 km.

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Le shérif du comté de Mariposa a eu beau agiter diverses hypothèses, il a dû avouer qu’aucune ne tenait. Pas de trace de violence ni d’accident. Pas de morsure de serpent. Pas de note de suicide ni de signe de déshydratation : il restait de l’eau dans leur gourde. John avait son portable dans la poche. A-t-il essayé de s’en servir ? Il n’y a pas de signal, de toute façon, dans la montagne.

L’enquête s’est tournée vers les phénomènes naturels. Un empoisonnement au monoxyde de carbone, dégagé par une mine voisine ? Improbable : le puits le plus proche se trouve à 5 km. La foudre ? Difficile de croire que toute la famille aurait été frappée en même temps. Des équipes en combinaison de décontamination ont fouillé la zone. Les tests ont confirmé la présence de cyanobactéries dans la rivière, déjà notée le 21 juillet dans une mise en garde du service des forêts. La concentration de ces algues bleues était telle qu’une portion du cours d’eau a été interdite sur cinquante kilomètres le 28 août et une douzaine de chemins, de campings et des aires de pique-nique ont été fermés. En raison de « dangers inconnus », se sont bornées à indiquer les autorités.

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via LeMonde

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