En Chine, la question de l’efficacité de la stratégie zéro Covid s’invite au XXe congrès du Parti communiste


A Shanghaï (Chine), le 10 avril 2022.

L’avenir de Xi Jinping à la tête du Parti communiste chinois (PCC) se joue en partie à Shanghaï. Alors que la paralysie qui a saisi depuis deux mois la plus grande ville du pays provoque un fort ralentissement économique et suscite un mécontentement grandissant au sein de la population, le comité permanent du Bureau politique du PCC – les sept hommes qui dirigent la Chine – a réaffirmé, jeudi 5 mai, sa stratégie zéro Covid. « Nous avons gagné la bataille pour défendre Wuhan et nous sommes certains d’être en mesure de gagner [celle] pour défendre Shanghaï », ont-ils fait savoir.

Une affirmation contestée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui, mercredi 10 mai, a qualifié cette politique de « non durable ».

En fait, le jusqu’au-boutisme des autorités chinoises cache une réalité plus prosaïque et éminemment politique : en raison du faible taux de vaccination des plus de 60 ans et des capacités hospitalières limitées, l’abandon de la politique zéro Covid pourrait entraîner 1,6 million de morts dans le pays selon une étude publiée par l’université de Fudan (Shanghaï).

Que Xi Jinping puisse se présenter devant le XXe congrès du PCC à l’automne, fort d’un succès contre le Covid-19 et il pourra sans doute bâtir une direction à sa main. Qu’il échoue et il devra faire des concessions. « Quelques leaders qui ne sont pas des protégés de Xi pourraient obtenir des postes importants, reflétant la nécessité pour [le secrétaire général du parti] de préserver l’unité du leadership », explique Li Cheng, directeur du John L. Thornton China Center, un centre de recherches installé à Washington. « Jusqu’ici, le bilan de Xi n’est pas brillant. La lutte contre la corruption n’est pas achevée. La victoire contre la pauvreté n’est pas définitive. Le développement économique ralentit, le soutien à Poutine est risqué. Xi a absolument besoin d’une victoire contre le Covid », juge pour sa part le sinologue Alex Payette, fondateur de la société de conseil Cercius.

2 300 délégués réunis à Pékin à l’automne

Dans l’esprit de Xi Jinping, ce XXe congrès doit être l’exact opposé de ce que fut le XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique, celui qui, en 1956, marqua le début de la déstalinisation et donc, selon lui, le début de la fin de l’URSS.

De ce précédent funeste, Xi Jinping a tiré une leçon : « L’unité de la direction du PCC est d’importance vitale pour le Parti. » Tout l’enjeu est que le troisième mandat de secrétaire général que Xi Jinping va très vraisemblablement solliciter – il a pour ce faire, modifié la Constitution en 2018 – n’apparaisse pas comme un grand bond en arrière mais, paradoxalement, comme un symbole du « renouveau de la nation chinoise ». Une opération délicate aussi bien sur le plan idéologique qu’organisationnel – tant le fonctionnement du PCC (95 millions de membres, 4,8 millions d’organisations de base) est ritualisé.

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via LeMonde

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