En Chine, la résistance des  taoïstes pour que survive leur religion

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Publié aujourd’hui à 14h00

En Inde, dans le sud de l’Italie ou en Amérique latine, la scène serait presque banale. Mais dans une Chine qui s’apprête à commémorer le centenaire du Parti communiste, elle est tout simplement inouïe. Samedi 29 mai, des milliers de pèlerins ont convergé au sommet du mont Taishan, dans la province du Shandong, pour rendre hommage à Bixia Yuanjun, une des principales divinités du panthéon taoïste.

Au pied du Taishan, la ville de Tai’an possède plusieurs temples taoïstes. A l’intérieur du plus célèbre d’entre eux, le temple Dai, les brûle-encens sont cadenassés. La raison en est donnée sur un panneau situé à l’extérieur : « Cet espace est non religieux. Les activités religieuses ne sont pas autorisées, ni les boîtes à vœux ni les offrandes. Il est également interdit de brûler des objets sacrificiels comme de l’encens. » C’est pourtant par ce biais que les taoïstes sont supposés indiquer leur présence aux divinités et communiquer avec celles-ci. Les autorités, elles, évoquent la nécessité de « protéger l’environnement et de préserver les droits et les intérêts légitimes des touristes ».

Des pèlerins grimpent les près de 7 000 marches du mont Taishan (Shandong), montagne sacrée du taoïsme.
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Les bras chargés de fleurs, de fruits, voire de magnifiques gâteaux d’anniversaire, des pèlerins sont néanmoins venus du fin fond du pays rendre hommage à cette déesse de la fécondité ou lui demander d’exaucer un vœu, souvent consigné sur une petite tablette en bois ou une fine bande de tissu. « J’avais trois fils. Je voulais une fille. Et grâce à Bixia Yuanjun, j’ai eu non seulement une fille mais j’arrive désormais à l’allaiter, explique la mère de la petite Wang Can, qu’elle tient dans ses bras. Je suis venue pour la remercier. »

Que le mont Taishan, la « montagne de l’Est », l’une des cinq montagnes sacrées de Chine, soit prise d’assaut durant un beau week-end de printemps n’a rien d’extraordinaire. En 2019, elle a reçu 5,6 millions de visiteurs. Malgré le téléphérique construit en 1985, des centaines de jeunes n’hésitent pas à gravir à pied les milliers de marches qui leur permettent d’assister au lever du soleil, au petit matin, à 1 545 mètres d’altitude.

Mais ce 18e jour du 4e mois lunaire est particulier. Canonisée par l’empereur Zhenzong au XIe siècle, Bixia Yuanjun, la « Princesse des nuages de l’aube », est supposée redescendre ce jour-là parmi les hommes. D’où ce pèlerinage millénaire auquel, selon le professeur Zhou Ying, de l’université de Taishan, six empereurs ont déjà pris part.

Une femme apporte en offrande un gâteau en forme de pêche, symbole d’éternité.
Des danseuses en pèlerinage au mont Taishan (Shandong).

« Le taoïsme aurait dû disparaître »

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via LeMonde

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