En Chine, le secteur automobile dévasté par la stratégie zéro Covid


Un véhicule Tesla est déchargé d’un navire de transport dans le port de Yantaï (Chine), le 25 avril 2022.

C’est un secteur-clé pour la santé de l’industrie chinoise, et il va mal. Avec seulement un peu plus d’un million de voitures écoulées en avril, les ventes ont chuté de 35,7 % sur un an, et de 34 % par rapport au mois précédent, a indiqué l’Association chinoise des voitures particulières, mardi 10 mai. En cause, la multiplication des restrictions et des confinements depuis l’arrivée du variant Omicron en Chine, dernier pays au monde à maintenir une stratégie zéro Covid.

Shanghaï, la capitale économique du pays, commence sa septième semaine d’un confinement draconien qui empêche les consommateurs d’acheter des voitures et perturbe la production automobile. La métropole est l’un des centres de production majeur du secteur – des usines de Tesla, de General Motors ou de Volkswagen y sont implantées –, mais aussi pour les composants qui alimentent l’ensemble de l’industrie.

Les autorités font tout pour soutenir la reprise de la production : parmi les 666 entreprises stratégiques autorisées à reprendre le travail le 19 avril, un tiers appartenait à l’industrie automobile. Toutefois, cela ne suffit pas à résoudre les nombreux goulots d’étranglement, alors que la plupart des 25 millions d’habitants de la capitale économique sont toujours confinés chez eux.

La logistique reste un défi majeur

La gigafactory de Tesla représente l’une des priorités de la municipalité, tant pour son poids économique que symbolique. Environ 8 000 employés, soit la moitié des effectifs habituels, dorment sur place, ce qui a permis à l’usine de tourner à 40 % de ses capacités fin avril. Cependant, le site a dû fortement ralentir les cadences, faute de composants électroniques, l’un de ses fournisseurs ayant dû stopper sa production après l’apparition d’un foyer de Covid-19 dans ses locaux. Résultat, l’entreprise n’a pu produire que 10 757 véhicules en avril, dont seulement 1 512 ont pu être expédiés, et aucun exporté. En mars, l’usine avait expédié 65 814 véhicules, dont plus de la moitié exportés en Asie et en Europe, d’après Bloomberg.

L’année 2022 s’annonçait pourtant sous de bons auspices pour le premier marché automobile mondial. En baisse depuis 2017, les ventes avaient renoué avec la croissance en 2021 (+ 3,8 %, avec 26,28 millions d’unités écoulées). L’association des producteurs automobiles espérait voir cette tendance se confirmer cette année (+ 5,4 % attendu). Un objectif qui, désormais, semble compromis. « Entre mars et mai, de 650 000 à 700 000 véhicules de moins seront produits à cause des confinements, estime John Zeng, directeur Chine du cabinet de conseil LMC Automotive, sis à Shanghaï. En début d’année, nous avions déjà prévu que la guerre russo-ukrainienne et le manque de semi-conducteurs pourraient coûter à la Chine 1 million de véhicules. Là, ça ferait 1,6 million à 1,7 million de véhicules en moins. Résultat, la croissance du marché automobile ne sera pas de 5 %, comme nous l’escomptions, mais presque de zéro. » Et encore, poursuit l’expert, « cela suppose que Shanghaï contrôle l’épidémie avant juin, et que le gouvernement prenne des mesures de stimulus pour le second semestre : certaines villes, comme Shenzhen, ont déjà annoncé des subventions à l’achat de voitures ».

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via LeMonde

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