En Chine, une manifestation d’épargnants ruinés réprimée


Une capture d’écran montre des manifestants se bagarrant avec le personnel de sécurité lors d’une manifestation contre le gel des dépôts par des banques rurales, devant un bâtiment de la Banque populaire de Chine à Zhengzhou, en Chine, le 10 juillet 2022.

Originaire du Heilongjiang, dans le nord-est de la Chine, M. Yu, 33 ans, a traversé la moitié du pays pour tenter d’avoir des nouvelles de ses économies. Le 10 juillet à l’aube, il a rejoint des centaines d’épargnants dont les avoirs, auprès de quatre banques régionales, sont gelés depuis mi-avril. A Zhengzhou, la capitale du Henan, dans le centre de la Chine, ils se sont retrouvés devant la branche locale de la Banque du peuple (la banque centrale). Sur des vidéos partagées sur les réseaux sociaux, on les voit tenir des banderoles, proclamant en sinogrammes blancs sur noir : « Non à la corruption et à la violence du gouvernement du Henan ! Le rêve chinois de 400 000 familles a été réduit en miettes. »

Un peu avant midi, des troupes de centaines d’hommes en civil ont chargé la foule, et M. Yu (il ne donne que son nom de famille) a été roué de coups, avant d’être traîné jusque dans un bus, un œil sanguinolent. « J’ai mis toutes les économies de la famille dans cette banque : un million de yuans [146 800 euros]. On ne peut plus rien acheter », soupire l’homme, libéré quelques heures plus tard.

La mobilisation dure depuis le 18 avril, lorsque les clients de quatre banques de la province du Henan ont découvert qu’ils ne pouvaient plus retirer leur argent. Sur l’application de la banque et dans les distributeurs, un message indique que le système est en train d’être mis à jour. La banque centrale lance une enquête, qui met en cause une plate-forme financière accusée d’avoir « illégalement levé des fonds » pour le compte des quatre banques. Les semaines passent, mais la situation s’enlise. Fin juin, la police annonce plusieurs arrestations : « L’affaire implique des crimes anciens, de nombreux suspects et un scénario complexe », fait savoir le communiqué de la police.

Pas de quoi apaiser les épargnants, de plus en plus nombreux à se rassembler pour faire entendre leur voix, signe que les difficultés économiques que traverse le pays peuvent rapidement se traduire par de l’« instabilité sociale » tant redoutée par Pékin. Car, derrière les quatre établissements impliqués, la situation de 4 000 banques rurales inquiète, alors que l’économie est plombée par la stratégie zéro Covid et par une crise immobilière latente. « Ces banques régionales, moins connues, proposent en général des intérêts élevés pour attirer les épargnants. Elles prêtent l’argent collecté aux gouvernements locaux, aux entreprises d’Etat, mais surtout aux promoteurs immobiliers, qui prennent des risques importants. Récemment, il y a eu beaucoup de défauts dans l’immobilier », explique Dan Wang, économiste en chef à la banque hongkongaise Hang Seng.

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via LeMonde

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