En Colombie, le ministre de la défense dans la tourmente après la mort de civils dans une opération militaire


Le ministre colombien de la défense, Diego Molano (chemise bleue), lors d’un conseil de sécurité tenu peu après l’explosion d’une moto piégée, à Grenade (Colombie), le 9 février 2022.

Succès militaire ou massacre ? En Colombie, la mort de 11 personnes, tuées par l’armée, le 28 mars, dans le département amazonien du Putumayo, dans le sud-ouest du pays, continue de susciter interrogations et indignation. L’armée maintient que l’opération, menée contre une des bandes armées de la région, était « légale et légitime ». Mais au moins quatre civils désarmés ont été assassinés, dont une femme enceinte et un adolescent.

Pour les défenseurs des droits de l’homme, le drame confirme que, six ans après la signature d’un accord de paix avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), les forces armées n’ont changé ni de doctrine ni de pratiques. Au Congrès, les députés d’opposition (centre et gauche) ont déposé une motion de censure contre le ministre de la défense, Diego Molano. Elle sera examinée et votée le 24 avril.

Personne n’a oublié les « faux positifs », à savoir ces milliers de jeunes, issus de milieux défavorisés, assassinés par des militaires, puis « déguisés » pour être présentés comme des guérilleros morts au combat. Le scandale avait éclaté en 2008. La juridiction spéciale de paix, mise en place par l’accord de paix de 2016 pour faire la lumière sur les crimes commis à l’occasion du conflit armé, a confirmé 6 042 de ces assassinats atroces, un bilan probablement sous-évalué.

Affrontements armés quasi quotidiens

A Putumayo, les tirs ont commencé un peu avant 7 heures du matin, ce lundi 28 mars, à Alto Remanso, un hameau perdu au bord du fleuve Putumayo, où depuis trois jours se tenait un modeste « bazar communautaire ». A cette heure-là, sous les tropiques, les rues sont déjà animées. En début d’après-midi, à Bogota, le président, Ivan Duque (droite), écrit sur son compte Twitter : « L’offensive #sanstrêve contre les organisations narcoterroristes continue dans toutes les régions du pays. » A la frontière de l’Equateur et du Pérou, le Putumayo est une des principales régions de culture de coca et de production de cocaïne, dont la Colombie est le premier producteur mondial. Le tweet du président informe « que, à l’occasion d’une opération des forces de l’ordre, onze membres des dissidences des FARC ont pu être neutralisés, et quatre autres arrêtés à Puerto Leguizamo ».

« Neutralisés » est un euphémisme militaire colombien pour dire « tués ». Les « dissidences des FARC » sont les groupuscules armés, qui se réclament de l’ancienne guérilla marxiste et qui vivent des trafics de drogue ou d’or. Deux groupes de dissidents (Comandos de la Frontera et Frente Carolina Ramirez) se disputent le contrôle de la région de Puerto Leguizamo, le gros bourg dont dépend le hameau d’Alto Remanzo. Selon les militaires, l’opération du 28 mars visait Carlos Loaiza, alias Bruno, un des chefs du groupe Comandos de la Frontera.

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via LeMonde

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