En Colombie, une campagne présidentielle sous tension


Des gardes protègent avec des boucliers le candidat à l’élection présidentielle colombienne, Gustavo Petro (au centre), lors d’un rassemblement à Cucuta, en Colombie, le 5 mai 2022.

En 2016, la Colombie signait un accord de paix historique et dénigré par la droite. En 2018, le président Ivan Duque (droite) était élu au terme de la campagne électorale la plus sereine qu’ait connue le pays en trente ans. En 2022, celle pour désigner son successeur se déroule, cette fois, dans un climat très tendu.

A moins de trois semaines du premier tour de la présidentielle, le 29 mai, le « clan du golfe », la plus grande mafia du pays, a paralysé pendant quatre jours le nord-est de la Colombie et confiné, par la terreur, la population. Cette « grève armée » a été déclenchée en représailles contre l’extradition vers les Etats-Unis du chef du clan, Dario Antonio Usuga, dit « Otoniel ». « Cette démonstration de force sans précédent d’une organisation criminelle n’est pas un bon signe pour la démocratie », résume un diplomate européen. Mardi 10 mai, le président Duque a signé l’ordre d’extradition de la sœur d’« Otoniel », Nini Johana, qui sera elle aussi jugée aux Etats-Unis pour trafic de drogue.

La droite tente d’attribuer la responsabilité de toutes les violences du pays au candidat de gauche, Gustavo Petro, en rappelant qu’il a été guérillero dans sa jeunesse. Ancien maire de Bogota et sénateur, M. Petro, qui brigue pour la troisième fois la présidence, n’a, lui, jamais cessé de dénoncer les liens entre élites et mafias. La Colombie est depuis plus de quarante ans le premier producteur mondial de cocaïne.

Crainte du pire

M. Petro, qui arrive aujourd’hui en tête de tous les sondages, tient ses meetings publics derrière deux boucliers pare-balles. Sa sécurité a été renforcée début mai, après que son équipe a dénoncé des menaces d’attentat. Gardes du corps, voitures blindées, ambulance accompagnent le candidat dans tous ses déplacements. « Petro est un des hommes les mieux protégés du pays », a insisté le ministre de la défense, Diego Molano, en minimisant les menaces.

Mais les partisans de M. Petro ont des raisons de craindre le pire : ils n’ont pas oublié la mort de Jorge Eliecer Gaitan, le charismatique leader libéral tué en 1948, les trois candidats présidentiels assassinés en 1990 et tous les dirigeants progressistes tombés sous les balles des tueurs à gage. Pour la chercheuse Arlene Tickner, « ceux qui doutent que la vie de Petro soit en danger souffrent d’amnésie intentionnelle  ». Un électeur sur Twitter se fait implorant : « Je vous en supplie, M. Petro, ne sortez plus. Rappelez-vous que ce pays est la plus grande fosse commune de leaders et de militants politiques. »

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via LeMonde

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