« En condamnant Pinar Selek, c’est à l’indépendance de la recherche en sciences sociales que s’attaque le gouvernement turc »

Subissant une procédure judiciaire qui dure depuis vingt-quatre ans, notre collègue Pinar Selek, sociologue, enseignante-chercheuse à l’université Côte d’Azur (UCA), est confrontée à une décision de la Cour suprême de Turquie qui a rendu, le 21 juin 2022, un arrêt d’annulation de son acquittement ; une décision inique qui rendra exécutoire une condamnation à la prison à perpétuité.

A la fin des années 1990, étudiante à l’université d’Istanbul, Pinar Selek travaille sur le traitement des minorités en Turquie. Arrêtée en juillet 1998, elle sera torturée et emprisonnée pendant plus de deux ans pour avoir refusé de livrer les noms des militants kurdes qu’elle avait interviewés dans le cadre de ses recherches sociologiques. Officiellement, Pinar Selek est accusée d’avoir commis un attentat sur un marché d’Istanbul. Cette accusation a été réduite à néant par plusieurs expertises qui ont montré que l’explosion avait été occasionnée par une fuite de gaz. En outre, le seul témoin qui l’accusait a reconnu avoir fait une fausse déposition sous la contrainte de la torture.

Pinar Selek a été acquittée à quatre reprises en 2006, 2008, 2011 et 2014 des charges qui pesaient contre elle. Exilée en France depuis fin 2011, la sociologue a soutenu sa thèse de doctorat à l’université de Strasbourg qui lui a accordé la protection académique. Elle a ensuite été accueillie à l’Ecole normale supérieure de Lyon où elle a été faite docteur honoris causa, puis à l’UCA, d’abord sur le Programme national d’accueil en urgence des scientifiques en exil (Pause), avec le soutien du ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, de l’Institut de recherche pour le développement et du CNRS, puis comme chercheuse associée.

Chercheuse engagée

Désormais enseignante-chercheuse au sein de cette université, elle y enseigne la sociologie et y mène des recherches sur les migrations à l’unité de recherche migrations et société (Urmis). Pinar Selek a obtenu le statut de réfugiée en 2013 et reçu la nationalité française en 2017.

Chercheuse engagée en faveur du droit des personnes et des minorités nationales, religieuses, sexuelles, politiques, Pinar Selek affronte cette épreuve avec un courage et une dignité qui forcent l’admiration. Nous lui manifestons notre entière solidarité face à l’injustice et à la persécution dont elle est victime depuis plus de vingt ans. Comme c’est souvent le cas lors des procès politiques dans les régimes autoritaires, les poursuites à l’encontre de Pinar Selek se sont appuyées sur des chefs d’accusation qui ne sont fondés sur aucun élément sérieux.

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via LeMonde

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