En Côte d’Ivoire, face au manque d’eau, « le temps est compté »


L’ancien site d’eau, qui servait à arroser les champs, est aujourd’hui sec, et sert désormais d’abri aux travailleurs, à Assoum, en Côte d'Ivoire, le 6 mai 2022.

Au beau milieu de la brousse, dans son champ situé à une dizaine de kilomètres de la ville de Bouna, à l’extrême nord-est de la Côte d’Ivoire, Kouamé Ouattara sort son ordinateur de sa housse, l’allume et fait défiler des tableurs Excel sur l’écran. Quand il n’a pas les mains dans la terre, ce cultivateur âgé d’une trentaine d’années enfile sa casquette de secrétaire général d’un groupement d’une cinquantaine de producteurs d’oignons et compile soigneusement – depuis 2011 – les chiffres de production du collectif.

Ce matin-là, son sourire cache mal son moral en berne. Il vient de terminer la consolidation des résultats de l’année précédente : les chiffres sont mauvais. La production du violet de Galmi, une variété originaire du Niger, est passée de 14 tonnes en 2016 à 9 tonnes en 2021, avec, entre-temps, « deux années blanches », précise-t-il. Entre 2017 et 2019, pas un seul oignon n’est sorti de terre. Sur son tableau, les rangées correspondant à ces deux années sont surlignées en rouge écarlate, accompagnées de la mention « RIEN ». « Nos sols ne sont plus aussi fertiles qu’avant, explique-t-il d’une voix calme, ils sont érodés, épuisés et appauvris, nous n’allons pas pouvoir continuer longtemps comme cela. »

Point d’eau qui se vide, à l’entrée du campement de Sokoura, à Dagbakou, en Côte d’Ivoire, le 6 mai 2022.

Pour Kouamé Ouattara comme pour ses amis producteurs rassemblés autour de lui, le problème est bien connu : le manque d’eau. Ici, dans la région du Bounkani, coincée entre le Burkina Faso et le Ghana, alors même que la saison des pluies a démarré depuis deux mois, les sols sont brunis et craquelés, la végétation est jaunissante et les cours d’eau, eux, sont asséchés. Tous les producteurs racontent les pluies d’autrefois : plus régulières, plus abondantes et moins agressives. Surtout, celles-ci tombaient quand on les attendait. Or, aujourd’hui, « le calendrier des saisons n’est plus fiable, déplore Akoua Ouattara, la présidente du groupement composé aux deux tiers de femmes. C’est pourtant ce qui nous sert à nous, les cultivateurs de produits maraîchers, de boussole ».

Face aux aléas climatiques qui deviennent la norme et menacent d’entraîner les cultivateurs du groupement dans la précarité, ces derniers cherchent des sources de revenus alternatives pour compenser la perte de productivité. Si certains se sont lancés dans l’apiculture, une activité qui nécessite peu d’apport en eau, d’autres vivotent grâce au commerce transfrontalier, licite ou non.

Sawadogo Ousmane, agent de l’Anader, et Ouattara Akoua, présidente des femmes productrice d’oignons, à Kopkingue, en Côte d’Ivoire, le 6 mai 2022.

Tous en revanche possèdent des champs d’anacarde. Introduit dans les années 1950 en Côte d’Ivoire pour lutter – déjà – contre l’avancée du désert, l’anacardier, plus résistant à la sécheresse, aux maladies, et moins demandeur en intrants que d’autres cultures pérennes, a peu à peu envahi les paysages ruraux du nord du pays. A tel point que la Côte d’Ivoire est aujourd’hui le premier pays producteur et exportateur mondial de l’anacarde, qui, une fois transformé, donne la noix de cajou.

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via LeMonde

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