En Equateur, de nouvelles violences dans une prison font au moins 43 morts chez les détenus


Des détenus se manifestent à l’intérieur de la prison de Bellavista, après les violences qui ont provoqué la mort de 43 prisonniers, le 9 mai, à Santo Domingo de los Tsachilas, en Equateur.

Un nouvel épisode sanglant a frappé, lundi 9 mai, une prison d’Equateur, où des violences entre bandes rivales ont provoqué la mort de dizaines de prisonniers. « Quarante-trois détenus sont pour l’heure décédés », a annoncé le bureau du procureur général sur son compte Twitter, tandis que le ministre de l’intérieur, Patricio Carrillo, a recensé 41 morts lors d’une conférence de presse. « Treize personnes ont été hospitalisées, dont plusieurs sont gravement blessées, il est possible que le nombre [de morts] augmente », a commenté M. Carrillo.

Ces violences ont eu lieu dans la prison de Bellavista, dans la province de Santo Domingo de los Tsachilas, environ 80 km à l’ouest de Quito, au nord du pays. Sur place, des blessés portant des plaies au visage étaient pris en charge par des ambulances et des proches de détenus se pressaient autour du centre pénitentiaire pour tenter d’obtenir des informations, a constaté l’Agence France-Presse (AFP).

« Grande cruauté »

Selon le chef de la police équatorienne, « les assaillants ont agi avec une grande cruauté », tandis que les violences ont été suivies d’une évasion massive. Si les autorités n’ont donné aucun chiffre sur le nombre total d’évadés, 112 d’entre eux ont pu être « recapturés », mais 108 étaient toujours « portés manquants » lundi dans l’après-midi, selon le chef de la police, le général Fausto Salinas. « Deux cent cinquante policiers, 200 militaires et des renforts supplémentaires sont en route », a-t-il détaillé. D’une capacité de 1 200 places, la prison de Bellavista accueille actuellement 1 700 prisonniers.

« C’est le résultat regrettable de la violence des gangs », a déploré, de son côté sur Twitter, le président Guillermo Lasso, en tournée en Israël. Il a adressé ses « sincères condoléances aux familles » des personnes décédées.

Les affrontements entre membres de deux bandes rivales, les « Loups » et les « R7 », ont éclaté vers 3 heures du matin, a fait savoir le ministre, provoquant le déclenchement des « protocoles de sécurité » pour contenir les « troubles à l’ordre » dans la prison. « La majorité des victimes, si ce n’est presque 100 %, ont été tuées avec des couteaux, et non avec des armes à feu », et « leurs cadavres mutilés laissés sur place ».

« Ils ont été exécutés dans les salles communes, dans les cellules », puis « il y a eu une tentative d’évasion massive » avec usage d’armes à feu, a reconnu M. Carrillo.

« Ceux qui sont autorisés à se déplacer entre les différents blocs au sein de la prison sont vraisemblablement ceux qui sont derrière ce massacre », a-t-il estimé, évoquant un « scénario identique à celui du 28 avril dans la prison d’El Turi, où des membres des “Loups” avaient déjà affronté des “R7” ». Quelque vingt prisonniers y avaient trouvé la mort, là aussi la plupart mutilés à l’arme blanche.

Des centaines de morts depuis plus d’un an

Les affrontements, souvent d’une extrême violence, sont récurrents dans les prisons équatoriennes, où près de 350 détenus ont trouvé la mort depuis février 2021.

Selon le gouvernement, des gangs rivaux de trafiquants de drogue, infiltrés ou contrôlés par des cartels mexicains, se livrent une guerre sans merci pour prendre le contrôle des prisons surpeuplées, guerre que les autorités ont été jusqu’à présent impuissantes à endiguer.

Pour Daniel Ponton, doyen de l’Ecole de sécurité et de défense de l’Institut des hautes études nationales, la « politique de relocalisation » des détenus les plus dangereux, exfiltrés des grandes prisons, serait à l’origine de cette flambée de violences dans des établissements pénitentiaires jusque-là « relativement calmes », qui pourrait avoir pour conséquence une « inquiétante généralisation du problème ». L’évasion de nombreux prisonniers indique également qu’il s’agit « d’une prison de faible sécurité », et donc « extrêmement vulnérable ».

En 2021, l’Equateur a saisi un record de 210 tonnes de drogues, principalement de la cocaïne. Pour 2022, les saisies ont atteint à ce jour environ 70 tonnes. Bordé par la Colombie et le Pérou, les plus grands producteurs de cocaïne au monde, l’Equateur sert de port de départ pour les expéditions illicites, principalement vers les Etats-Unis et l’Europe.

Le Monde avec AP et AFP

via LeMonde

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