En Equateur, état d’exception dans les prisons après le pire massacre carcéral du pays

Des familles de détenus attendent des nouvelles, devant la prison du Littoral, à Guayaquil, en Equateur, jeudi 30 septembre 2021.

En Amérique latine, les massacres pénitentiaires se suivent et s’aggravent. Mardi 28 septembre, c’est la prison du Littoral, dans le port équatorien de Guayaquil, qui a été le théâtre d’une indicible violence. Au moins 118 détenus sont morts dans des affrontements, et 86 ont été blessés, dont six grièvement, selon le décompte publié jeudi sur Twitter par le Défenseur du peuple d’Equateur, un organisme public de défense des droits de l’homme. La veille, le président, Guillermo Lasso, avait attribué cette tragédie, le pire massacre de l’histoire carcérale d’Amérique latine, « à des affrontements entre gangs », tout en précisant qu’aucun gardien « ni aucun civil » ne faisaient partie des victimes.

« Il est lamentable que les prisons deviennent un terrain de dispute du pouvoir entre des bandes de délinquants », a ajouté le chef de l’Etat, avant de déclarer l’état d’exception pour soixante jours dans tout le système pénitentiaire du pays. Jeudi soir, devant la prison de Guayaquil, située dans le sud-ouest de l’Equateur, des femmes en pleurs attendaient encore des nouvelles de leurs fils ou de leurs compagnons. Tous les cadavres n’ont pas encore été identifiés. Selon les autorités, certaines victimes sont « atrocement mutilées ». Cinq d’entre elles auraient été retrouvées décapitées.

Cette nouvelle mutinerie, la plus grave de l’histoire du pays, porte à plus de 200 le nombre de prisonniers assassinés depuis le début de l’année. Le 23 février, une mutinerie touchait simultanément quatre prisons et se soldait par la mort de 79 détenus.

Narcotrafic

Pablo Arosemena, gouverneur de la province de Guayas, où se trouve la prison du Littoral, a expliqué que 400 policiers ont été mobilisés mardi pour mater le soulèvement. Ils étaient plus de 900, jeudi. Ce n’est qu’en fin de matinée que l’administration pénitentiaire du Service national de prise en charge intégrale des personnes adultes privées de libertés et d’adolescents (SNAI) a annoncé avoir repris le « contrôle total » du centre pénitentiaire.

Narcotrafic et corruption, surpeuplement carcéral, manque de moyens, négligence des pouvoirs publics : les causes de la violence carcérale et de son augmentation sont partout les mêmes, du Brésil au Honduras, en passant par la Colombie, le Venezuela ou l’Equateur. Entre deux mutineries, les prisons disparaissent de l’agenda des gouvernants : les détenus ne sont pas des électeurs prisés, ni leurs conditions de vie un sujet électoralement porteur. Prévu pour 30 000 prisonniers, le système pénitentiaire équatorien en accueille aujourd’hui près de 40 000.

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via LeMonde

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