En Espagne, l’impossible deuil des familles des migrants disparus en mer

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Publié aujourd’hui à 02h03

Ce sont quinze niches anonymes qui font face à l’océan, dans le cimetière d’Agüimes, sur l’île de Grande Canarie (Espagne). Des mouches tournent autour des murs de chaux et de béton, le fossoyeur reconnaît qu’ils sont mal scellés. Ici reposent les corps d’autant de migrants subsahariens, retrouvés dans une embarcation de fortune en août 2020, à 160 kilomètres des côtes canariennes, la peau brûlée par le sel et le soleil, morts de faim et de soif après des jours d’une périlleuse traversée. Avant d’être enterrés, en septembre, leur ADN a été prélevé à l’institut de médecine légale de Las Palmas.

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Début mars, pour la première fois, l’un de ces prélèvements sera comparé à celui d’un possible parent, qui vit à Madrid. « La photo qu’il nous a envoyée semble pouvoir coïncider avec l’un de ces quinze jeunes hommes, explique la directrice de l’institut de médecine légale de Grande Canarie, Maria José Meilan. Depuis début 2020, nous avons enregistré les informations d’une cinquantaine de migrants morts en mer – leur ADN, une fiche dentaire et des photographies d’identification –, et nous avons signé un protocole avec la Croix-Rouge pour faciliter les recherches des familles, qui ne cessent d’augmenter. Nous préférerions que davantage de corps soient récupérés, car nous savons que les disparus en mer sont encore bien plus nombreux… »

En septembre 2020, 15 migrants subsahariens ont été enterrés au cimetière d’Agüimes. Leurs corps avaient été sauvés par un bateau des gardes-côtes.

Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), en 2020, au moins 600 personnes ont disparu après avoir quitté les côtes africaines pour rallier l’archipel espagnol, où 22 000 migrants ont accosté cette année-là. Cependant, comme le reconnaît l’organisme dépendant des Nations unies, dans un rapport publié en décembre 2020, « il existe très peu de données sur le nombre réel de départs et de tentatives depuis les côtes ouest-africaines, tandis que les épaves ne sont souvent pas signalées ».

En recoupant les informations provenant à la fois des communautés de migrants, des services de secours et des familles, le collectif Caminando Fronteras, qui dispose d’un numéro de secours pour que les migrants le préviennent lorsqu’ils sont en danger en mer ou qu’ils approchent des côtes, a recensé, pour sa part, 2 172 disparitions en mer en 2020 de personnes cherchant à gagner l’Espagne, dont 1 851 avaient pris la route des Canaries. Les autres ont disparu en Méditerranée, majoritairement entre l’Algérie et les côtes du Levant espagnol.

« Quand il n’y a même pas d’épave, la douleur est sans fin », résume Ernesto Garcia, porte-parole du collectif Caminando Fronteras

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via LeMonde

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