En Ethiopie, la nostalgie de Mengistu Haïlé Mariam, le « Négus rouge »


L’ancien dictateur éthiopien Mengistu Haïlé Mariam, photographié en 1990, un an avant la chute de son régime.

L’Ethiopie pourrait-elle assister au retour inattendu de Mengistu Haïlé Mariam sur les hauts plateaux abyssiniens ? Les autorités d’Harare ont pour la première fois ouvert la voie à un retour du « Négus rouge », comme était surnommé l’ancien dictateur du régime communiste du Derg, exilé au Zimbabwe où l’ancien président Robert Mugabe lui avait accordé l’asile en 1991.

« Si le peuple éthiopien approche le gouvernement du Zimbabwe, des mesures appropriées seront prises par notre gouvernement en réponse à la demande légitime de l’Ethiopie », a fait savoir, à la surprise générale, le ministre zimbabwéen des affaires étrangères, Frederick Shava, le 17 mai.

Pourquoi un tel revirement alors que Mengistu Haïlé Mariam, âgé de 85 ans, n’a plus fait parler de lui depuis des années ? « Il s’agit probablement d’une opération de communication en forme de diversion, car la déclaration fait suite à l’embarrassante découverte de génocidaires rwandais qui avaient trouvé refuge à Harare », analyse le chercheur de l’International Crisis Group, Piers Pigou. Le 12 mai, des enquêteurs internationaux de l’ONU avaient en effet retrouvé la trace au Zimbabwe de Protais Mpiranya, le fugitif rwandais le plus recherché d’Afrique.

Cet ancien commandant de la garde présidentielle à Kigali, mort en 2006, a été enterré à Harare sous une fausse identité, alors que le Tribunal pénal international pour le Rwanda l’avait inculpé de huit chefs d’accusation dont celui de génocide. Une découverte fâcheuse pour un pays qui tente de redorer son blason sur la scène internationale. « Le Zimbabwe ne protégera jamais des criminels », s’est défendu tant bien que mal Frederick Shava, dans un communiqué daté du 15 mai.

« Une existence discrète, presque monacale »

« Le gouvernement zimbabwéen savait pertinemment que Protais Mpiranya et une trentaine d’autres responsables rwandais résidaient à Harare pour la simple et bonne raison qu’on les utilisait pour leur expertise, notamment en matière de répression des manifestants », indique, sous couvert d’anonymat, un ancien membre des services de renseignement, chargé de la protection des réfugiés politiques à Harare, y compris de Mengistu Haïlé Mariam.

Selon cette source, les exilés rwandais ont été particulièrement actifs lors de l’opération Murambatsvina (« déplacer les ordures »), dans laquelle la police a déplacé de force plus de 300 000 personnes de la capitale zimbabwéenne en 2005. « [Mengistu] aidait aussi nos services de temps en temps, à un niveau stratégique. Sinon, il vivait une existence discrète, réservée, presque monacale », ajoute l’ancien agent.

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via LeMonde

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