En Europe, la question des objectifs de la guerre en Ukraine ravive le clivage entre l’est et l’ouest de l’Union


Des policiers patientent devant le commissariat de Lyssytchank, en Ukraine, le 27 mai 2022.

La question a suscité des tensions avec les Etats-Unis et elle est en train de couper l’Europe en deux : pour les alliés de Kiev, quels sont les objectifs de la guerre en Ukraine face à l’invasion russe ? Tandis que le conflit dure depuis plus de cent jours, la récente petite phrase d’Emmanuel Macron sur son souci de « ne pas humilier la Russie » dans l’optique de négociations encore improbables est venue creuser le fossé entre les deux camps en présence. D’un côté, les pays baltes, la Pologne, sans oublier le Royaume-Uni, partisans d’une poursuite de la guerre dans la perspective, même lointaine, d’une défaite russe. De l’autre, la France, l’Allemagne et l’Italie, tenantes d’une ligne plus modérée, soucieuses à la fois d’aider l’Ukraine et de négocier avec la Russie pour faciliter un cessez-le-feu.

Kaja Kallas, la première ministre estonienne, est devenue l’une des figures du camp des « va-t-en-guerre », comme le qualifie un diplomate d’Europe occidentale. Pour elle, comme pour ses homologues baltes ou polonais, le soutien à l’Ukraine doit viser à défaire la Russie, pour permettre à Kiev de récupérer les territoires perdus non seulement depuis le 24 février, mais aussi depuis huit ans, y compris, dans l’idéal, la Crimée et les régions séparatistes du Donbass, même si cela semble peu ou prou hors de portée à ce jour. La première a été annexée unilatéralement par Moscou en 2014. Les secondes sont au cœur de la bataille du moment, les Ukrainiens tentant de limiter leurs pertes territoriales dans ces régions de l’est du pays.

Pour Mme Kallas, dont la famille a connu la répression soviétique, il n’est donc pas question de parler avec Vladimir Poutine, un dirigeant dont la chute est plus ou moins secrètement désirée dans la région – comme en Ukraine. Toute tentative de dialogue est même vue comme un acte de complaisance avec le chef du Kremlin, considéré comme un criminel de guerre, qu’il faudra un jour juger. « Même s’il y a la paix, cela ne signifie pas que les atrocités et les souffrances cesseront dans les territoires occupés », avertit sans relâche Mme Kallas. « Pour la moitié de l’Europe, la paix après la seconde guerre mondiale a signifié plus de répression », souligne-t-elle.

D’après la jeune première ministre estonienne, les appels à cesser les combats sont donc « prématurés », car la priorité serait de « casser la machine de guerre du Kremlin ». A l’instar de ses voisins membres de l’OTAN, l’Estonie se sent confortée par l’attitude des Etats-Unis, même si le président Biden a assuré récemment qu’un changement de régime à Moscou ne comptait pas parmi les objectifs américains. Washington a néanmoins pris le leadership dans le domaine des livraisons d’armes à Kiev pour tenter d’affaiblir durablement la Russie face à l’Ukraine, tout en la mettant en échec.

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via LeMonde

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