En Géorgie, démission surprise du premier ministre

Guiorgui Gakharia, alors premier ministre géorgien, le 31 octobre 2020 à Tbilissi lors des élections parlementaires.

Tout s’est précipité en l’espace de quelques heures. Le premier ministre géorgien, Guiorgui Gakharia, a démissionné jeudi 18 février pour protester contre la décision d’un tribunal, la veille, de placer en détention le chef du plus grand parti d’opposition du pays, Nika Melia. « Malheureusement, je n’ai pas pu parvenir à un accord sur ce sujet avec mon équipe et j’ai décidé de démissionner, a expliqué le chef du gouvernement. Il est inadmissible d’appliquer une décision judiciaire (…) si cela présente un risque pour la santé et la vie de nos concitoyens et crée la possibilité d’une escalade politique dans le pays. » Ce rebondissement met en lumière les menaces qui pèsent sur la démocratie encore fragile de ce petit pays du Caucase, où le pluralisme fait souvent figure d’exemple dans l’espace postsoviétique.

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La démission du chef du gouvernement survient alors que la Géorgie est déjà plongée dans une crise politique depuis les élections législatives contestées d’octobre 2020. L’opposition dénonce un scrutin entaché de fraudes, réclame des élections anticipées et boycotte depuis le Parlement, dominé par le parti au pouvoir depuis 2012, Rêve géorgien.

Décision judiciaire « politique »

Les discussions étaient dans l’impasse lorsqu’un tribunal de Tbilissi a annoncé, mercredi, sa décision de placer en détention provisoire Nika Melia, chef du Mouvement national uni (MNU), après son refus de payer une caution majorée de 12 000 dollars. L’opposant est accusé d’avoir organisé des « violences de masse » lors des manifestations qui ont secoué le pays en juin 2019. Cet épisode est resté gravé dans la mémoire des opposants de Rêve géorgien, qu’ils accusent d’être prorusse malgré ses dénégations. A l’époque, la venue du député russe Sergueï Gavrilov au Parlement, invité dans le cadre d’une rencontre annuelle de l’Assemblée interparlementaire sur l’orthodoxie, avait déclenché de vives protestations.

Qu’un Russe ait été invité à s’exprimer à la tribune du Parlement avait été perçu comme une provocation dans ce pays marqué par la guerre avec la Russie en août 2008 – le conflit a entériné la perte de deux régions séparatistes prorusses, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, soit 20 % du territoire géorgien. Des milliers de personnes avaient alors tenté d’envahir le Parlement, repoussées par les forces antiémeutes à coups de gaz lacrymogènes et de tirs de balles en caoutchouc. Plusieurs centaines de manifestants avaient été blessés, dont certains éborgnés. « La nuit de Gavrilov », comme la surnomment les opposants géorgiens, est devenue un symbole de la lutte contre l’influence croissante de la Russie dans cette ex-république soviétique.

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via LeMonde

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