En Géorgie, le dilemme du pouvoir face au prisonnier Saakachvili

Des partisans de l’ex-président géorgien Mikheïl Saakachvili manifestent contre son incarcération, devant la prison où il est déténu, à Roustavi, à une quarantaine de kilomètres de la capitale de la Géorgie, Tbilissi, le 4 octobre 2021.

Plus les jours passent, plus l’embarras du pouvoir géorgien grandit : que faire de Mikheïl Saakachvili ? Voilà plus de dix jours que l’ancien président de la Géorgie et chef du principal parti d’opposition, 53 ans, est en grève de la faim dans une prison non loin de la capitale, Tbilissi. Le 1er octobre, il a pris tout le monde par surprise en revenant clandestinement dans le pays après huit ans d’exil. Le leader de la « révolution des roses » en 2003 entendait soutenir l’opposition à la veille d’élections locales cruciales, le 2 octobre, considérées comme un test pour le parti au pouvoir, Rêve géorgien, fondé par le milliardaire Bidzina Ivanichvili, grand rival de M. Saakachvili.

Après quelques heures de flottement, d’incrédulité et de panique au sommet de l’Etat, l’ancien président, condamné par contumace en 2018 pour « abus de pouvoir » dans un dossier qu’il juge politique, a été interpellé. Une photo de son arrestation, la veille du scrutin, le montre encadré par deux hommes, menotté, mais arborant un large sourire, comme un défi lancé à ses adversaires politiques. Selon son médecin, qui s’est entretenu dimanche 10 octobre avec des docteurs de la prison, son état de santé se serait toutefois dégradé depuis, au point qu’il devrait « probablement » être transféré à l’hôpital.

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Retour rocambolesque

Pour le gouvernement, le retour rocambolesque de son ennemi juré est une nouvelle source d’embarras, alors qu’une grave crise politique secoue le pays depuis les élections législatives contestées d’octobre 2020. « Le pouvoir doit désormais gérer trois problèmes en même temps : Saakachvili en prison, les élections municipales [dont le deuxième tour est prévu le 30 octobre], et la crise politique qui continue depuis un an, tout en essayant de montrer qu’il maîtrise la situation, sur fond de critiques de ses partenaires occidentaux », analyse Olesya Vartanyan, chercheuse à l’International Crisis Group. Le défi du gouvernement est d’autant plus grand que le mécontentement a gagné une large partie de la population, lassée de Rêve géorgien après neuf ans de règne et de promesses jugées non tenues.

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Le retour de M. Saakachvili, qui vivait en exil en Ukraine, a provoqué un « séisme dans le paysage politique », selon la chercheuse. Les intentions de vote en faveur de son parti, Mouvement national uni (MNU), ont aussitôt bondi de 10 %. « Tous ceux qui votent Rêve géorgien non par idéologie mais par intérêt – parce qu’ils touchent de l’argent en échange de leur voix ou parce qu’ils sont victimes d’intimidation – ont commencé à se désolidariser, explique Thorniké Gordadzé, chercheur à l’Institut international pour les études stratégiques (IISS). La machine électorale qui permet à Rêve géorgien de gagner aux élections a vacillé. »

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via LeMonde

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