En Hongrie, Viktor Orban a besoin d’argent frais


Une notice indique que le carburant aux tarifs plafonnés est réservé aux voitures immatriculées en Hongrie, dans une station-service de Budapest, en Hongrie, le 27 mai 2022.

Le casse-tête quotidien de Laszlo Gepesz se mesure à l’ampleur des textes imprimés sur des feuilles A4 et collés sur les pompes de sa petite station-service de Martonvasar, ville rurale de la périphérie de Budapest. Dans un langage juridique abscons, ils expliquent en hongrois et en anglais les conditions de la mise en œuvre du blocage des prix du carburant et du gaz appliqué depuis novembre 2021 sur décision expresse du premier ministre nationaliste, Viktor Orban. Il faut absolument présenter une carte grise d’un véhicule immatriculé en Hongrie, il est impossible de se présenter avec des bidons, les agriculteurs doivent venir avec leurs machines…

Régulièrement, il n’y a de toute façon plus de carburant, car M. Gepesz, 65 ans, a de plus en plus de mal à s’en procurer. « Je n’ai déjà plus de gaz depuis quinze jours, explique le propriétaire et vice-président de l’association des stations-service indépendantes, mercredi 8 juin. Et pour le carburant, je dois souvent arrêter les pompes le week-end, car le distributeur n’est pas en mesure de m’en fournir suffisamment et que plus aucun autre n’accepte de me livrer. » Tout cela est la conséquence du spectaculaire blocage de prix entré en vigueur sept mois plus tôt, en amont des élections législatives du 4 avril remportées largement par M. Orban. Le litre est bloqué à 480 forints (1,22 euro), le prix actuellement le plus bas de toute l’Europe.

Avec un cours qui atteindrait normalement plus de 700 forints le litre, Ferenc, qui vient faire le plein de sa BMW rouge, économise ainsi devant nos yeux près de 28 euros. « Je n’en ai pas forcément besoin, mais cela fait du bien », se réjouit-il. Depuis que ces prix bas attirent en masse les automobilistes des pays voisins, le gouvernement hongrois a décidé de mettre fin au « tourisme pétrolier » en interdisant aux voitures étrangères de profiter du prix bloqué. Dénoncée comme contraire au droit européen par le gouvernement croate et la Commission européenne à Bruxelles, la mesure est défendue mordicus par Budapest. « L’UE [Union européenne] doit comprendre qu’il y a une situation de guerre et qu’il est nécessaire de déroger aux règles », a plaidé M. Orban, vendredi 10 juin.

Rhétorique complotiste

Le blocage des prix repose d’abord sur les épaules de Mol, la compagnie pétrolière nationale, qui assume le plus gros des pertes. Réputée proche du pouvoir, elle peut se le permettre : en se fournissant en pétrole quasi exclusivement en Russie, l’entreprise profite des cours actuellement bien inférieurs du baril de l’Oural. Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et le refus de beaucoup de pays européens de continuer à s’approvisionner en Russie, le prix du pétrole russe a en effet chuté par rapport à celui du brent : la différence atteint en ce moment environ 35 dollars par baril. La Hongrie, qui refuse, elle, de rompre avec Moscou malgré la guerre, s’est engouffrée dans la brèche.

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via LeMonde

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