En Inde, rire ou tweeter peut conduire en prison

Des étudiants manifestent contre l’arrestation de l’activiste Disha Ravi, à New Delhi, le 16 février.

LETTRE DE NEW DELHI

Les libertés s’amenuisent chaque jour en Inde. Un simple tweet peut conduire directement en prison et transformer un manifestant en dangereux conspirateur.

Disha Ravi, militante du climat, a été arrêtée dimanche 14 février à Bangalore, transférée en avion à New Delhi, déférée devant un tribunal, sans avocat, avant d’être placée cinq jours en détention provisoire. Cette jeune femme de 22 ans est l’une des fondatrices de la branche indienne du mouvement Fridays for Future, créé par la militante écologiste suédoise Greta Thunberg pour lutter contre l’inaction des gouvernants sur la question du changement climatique.

Disha Ravi est accusée de sédition et de complot criminel, des faits passibles de la prison à vie, pour avoir partagé sur Twitter un document de Greta Thunberg, qui, selon la police, aurait servi à préparer les manifestations d’agriculteurs du 26 janvier dans la capitale, lesquelles avaient dégénéré, faisant un mort et 400 blessés. Le 2 février, Greta Thunberg, suivant l’exemple de la chanteuse américaine Rihanna, avait apporté sur Twitter son soutien aux paysans indiens.

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Le document incriminé est en fait un kit standard d’actions à destination des ONG, pour donner de l’impact à leur campagne, notamment dans l’utilisation des réseaux sociaux, la création de hashtag, le lancement de pétition, etc. Mais pour la police indienne qui enquête sur un « complot criminel » visant « à lancer une guerre économique, sociale et culturelle contre l’Inde », cette « boîte à outils » a été conçue et diffusée pour « répandre la désinformation et nuire au gouvernement ». Une thèse défendue par les dirigeants du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP), qui estiment que la « boîte à outils » est « une preuve des plans internationaux d’attaques contre l’Inde » !

Lundi 15 février, malgré le mouvement d’indignation dans le pays suscité par l’arrestation de Disha Ravi, la police a lancé des poursuites contre l’avocate Nikita Jacob, basée à Bombay (Mumbai), et son associé Shantanu Muluk, considérés comme les responsables de la création du document. Ils sont proches de l’ONG britannique Extinction Rebellion.

« Attaque sans précédent contre la démocratie »

Ces coups de force interviennent alors que le gouvernement indien est débordé par les manifestations paysannes, qui durent depuis bientôt trois mois aux portes de New Delhi, pour réclamer l’abrogation d’une réforme agraire votée par le Parlement en septembre 2020.

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via LeMonde

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