En Irak, la rencontre historique entre le pape et le grand ayatollah Ali Al-Sistani

Le pape François lors de son arrivée à Najaf, en Irak, pour rencontrer l’ayatollah Ali Al-Sistani, le 6 mars.

Il s’agit de l’une des rencontres religieuses les plus importantes de l’histoire. Dans la matinée du samedi 6 mars, le pape François, chef des 1,3 milliard de catholiques du monde, a été reçu par le grand ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité religieuse de nombreux musulmans chiites d’Irak et d’ailleurs.

Après avoir rencontré le clergé catholique à son arrivée vendredi à Bagdad, le souverain pontife de 84 ans tend la main à l’islam chiite en se rendant chez le dignitaire de 90 ans − qui n’apparaît jamais en public − dans sa maison de la ville sainte de Najaf, à 200 kilomètres au sud de la capitale.

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L’entretien entre les deux hommes a débuté à huis clos, il durera près d’une heure. Il y a deux ans, le pape avait signé avec le grand imam d’Al-Azhar, institution de l’islam sunnite en Egypte, un « document sur la fraternité humaine ».

Aucun invité, et pas même la presse, n’a été autorisé à assister à ce dialogue inédit, mais l’ajout de cette étape au programme papal est une source de fierté pour de nombreux chiites dans un pays qui va depuis quarante ans de conflits en crises, en passant par une guerre civile meurtrière entre musulmans chiites et sunnites.

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Commentaires politiques

Le grand ayatollah Ali Al-Sistani est la plus haute autorité pour la majorité des 200 millions de chiites du monde, minoritaires parmi les 1,8 milliard de musulmans. Son unique rival religieux est le Guide suprême iranien, le grand ayatollah Ali Khamenei.

De nationalité iranienne, le grand ayatollah Al-Sistani se pose depuis des décennies en garant de l’indépendance de l’Irak et dirige une école théologique qui prône le retrait des religieux de la politique − ils doivent seulement conseiller −, au contraire de l’école de Qom en Iran.

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Le grand ayatollah a d’ailleurs pesé de tout son poids pour faire tomber le gouvernement qu’ont conspué durant des mois, en 2019, de jeunes manifestants, fatigués de voir leur pays s’enfoncer dans la corruption et la gabegie.

Le pape comme le grand ayatollah font régulièrement des commentaires politiques. Mais tous deux soupèsent savamment leurs mots. Vendredi, le souverain pontife a d’ailleurs parsemé son discours aux autorités irakiennes d’allusions à la situation du pays, pris en étau entre ses deux grands alliés américain et iranien. « Que cessent les intérêts partisans, ces intérêts extérieurs qui se désintéressent de la population locale », a ainsi lancé François.

La visite du pape − sous très haute sécurité − se déroule aussi sur fond de confinement total, avec plus de 5 000 contaminations par le SARS-CoV-2 chaque jour. Si François a été vacciné avant son voyage, le bureau du grand ayatollah n’a pas fait état de telles mesures. Après Najaf, le souverain pontife doit continuer son parcours vers le sud, à Ur, ville antique où, selon la tradition, est né le patriarche Abraham. Là, il priera avec des dignitaires chiites, sunnites, yazidis et sabéens.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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