En Irak, le mouvement des sadristes prend de l’ampleur


Des musulmans chiites brandissent un portrait de Moqtada Al-Sadr à Nasiriyah, dans le sud de l’Irak, le 5 août 2022.

La lumière crue du soleil de midi écrase la place des Célébrations, au cœur de la zone verte de Bagdad. Le thermomètre affiche 49 °C, la chaleur est étouffante. Sous les deux arches monumentales, représentant des épées, des dizaines de milliers d’Irakiens sont venus témoigner leur ferveur et leur vénération à Moqtada Al-Sadr, le temps de la prière hebdomadaire, vendredi 5 août. Dans une nouvelle démonstration de force à l’adresse de ses rivaux chiites, le chef populiste a convoqué l’esprit de sacrifice de ses partisans pour soutenir en masse la « révolution » qu’il appelle de ses vœux pour mettre fin à l’impasse politique née des élections législatives d’octobre 2021.

« Les partis liés à l’étranger ont plongé l’Irak dans la corruption et la pauvreté. (…) Ceux qui ne soutiennent pas les réformes subiront les milices, les kidnappings, la contrebande, la normalisation [avec Israël] et les meurtres », avertit l’imam dans son sermon, écourté du fait de la chaleur. Des personnes se sont évanouies. Encore vaillants, des groupes de jeunes repartent en chantant les louanges de leur chef et en conspuant ses rivaux. « Regardez cette foule ! Tous les Irakiens sont en train de devenir sadristes. Nouri Al-Maliki devrait trouver un trou où se cacher », s’égosille un homme qui se présente sous le surnom d’« Abou Samir Al-Sadri », en menaçant l’ancien premier ministre, bête noire de M. Al-Sadr.

« On est venu dire à l’Iran et aux autres pays que l’on défendra notre pays contre leurs complots, ajoute-t-il, alors qu’il s’apprête à rentrer à Nadjaf, comme il en a reçu l’ordre de la direction sadriste. On reviendra dès qu’il nous demandera de le faire. Nous le suivons aveuglément. » D’autres partisans regagnent le Parlement, où ils campent depuis une semaine, à tour de rôle, pour protester contre la décision du cadre de coordination – une coalition qui regroupe des partis milices chiites proches de l’Iran et le parti Dawa de M. Maliki – de nommer premier ministre Mohammed Shia Al-Soudani, qu’ils perçoivent comme « l’ombre de Maliki ».

« Politiciens corrompus »

Nombreux n’étaient jamais entrés à l’Assemblée auparavant, « l’antre des baleines » – les corrompus – comme ils le désignent, ni même dans la zone verte, le quartier ultra-protégé qui abrite les institutions, si ce n’est en 2016, lors d’une précédente manifestation sadriste. « Les politiciens corrompus vivent dans une autre dimension. Au Parlement, il y a l’air conditionné partout, même dans les toilettes », s’esclaffe Abbas Fadhel, un sympathisant de Kerbala, où il reçoit, au mieux, six heures d’électricité publique par jour et une facture salée à payer pour le générateur privé. Vendredi, après la prière, ils ont trouvé les portes de l’Assemblée closes, gardées par des membres de la milice sadriste des « compagnies de la paix » (Saraya Salam).

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via LeMonde

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