En Irak, un paysage politique éclaté et une abstention massive

Des partisans irakiens du mouvement de Moqtada Al-Sadr célèbrent les résultats préliminaires de l’élection parlementaire irakienne à Bagdad, le 11 octobre 2021.

Dans un paysage politique éclaté et face à un électorat démobilisé, la victoire était acquise pour Moqtada Al-Sadr aux élections législatives, dimanche 10 octobre, en Irak. Dans les quartiers défavorisés de Bagdad et les villes déshéritées du Sud chiite, les officines du courant sadriste et de sa milice Saraya Al-Salam (« compagnies de la paix ») avaient mobilisé sans relâche leurs partisans. Une base disciplinée de plusieurs millions de personnes fidèle au chef populiste chiite, qui s’est construit une stature politique dans le sillage de son révéré père, l’ayatollah Mohammed Sadeq Al-Sadr (1943-1999), et le combat contre l’occupation américaine après 2003, jusqu’à s’imposer comme première force au Parlement, en 2018. Sans attendre la publication des résultats définitifs, Moqtada Al-Sadr s’est déclaré vainqueur du scrutin, lundi soir.

Selon des résultats préliminaires, le courant sadriste voit sa position au sein du Parlement renforcée. Ses cadres revendiquent d’ores et déjà 73 sièges sur 329, contre 54 en 2018, loin devant les autres forces politiques, notamment les partis chiites, qui dictent la formation de tous les gouvernements depuis la chute de Saddam Hussein. Un responsable de la commission électorale a confirmé à l’Agence France-Presse que le courant sadriste était « en tête ». Les résultats définitifs préciseront la répartition des sièges au sein de la future Assemblée, mais déjà plusieurs tendances se dessinent.

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Dans le camp chiite, la coalition de l’Etat de droit de l’ancien premier ministre Nouri Al-Maliki (2006-2014) fait un retour en force – avec au moins 37 sièges, selon ses responsables –, tandis que la coalition Al-Fatah (« victoire ») réunissant les partis-milices proches de l’Iran, qui comptaient 48 députés dans l’Assemblée sortante, enregistre un sérieux revers. Le président du Parlement, Mohammed Al-Halboussi, remporte une victoire écrasante dans le camp sunnite face à la coalition emmenée par son rival Khamis Al-Khanjar. Le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) du clan Barzani reste la principale force du camp kurde, devant l’Union patriotique du Kurdistan (PUK) du clan Talabani. Le petit parti Nouvelle Génération profite de la désaffection envers les deux partis-clans, en engrangeant quelques sièges.

La percée des partis issus de la « révolution d’octobre »

L’abstention record – seuls 41 % des 22 millions d’électeurs inscrits se sont rendus aux urnes et 34 % des Irakiens en âge de voter – a bénéficié aux partis traditionnels. Nombreux sont ceux, notamment chez les jeunes et dans la capitale Bagdad, qui ne se sont pas déplacés, convaincus que le scrutin était acquis aux partis au pouvoir et serait sans incidence sur l’amélioration de leurs conditions de vie. Plusieurs partis issus de la « révolution d’octobre » 2019, qui avait traduit un ras-le-bol généralisé au sein de la majorité chiite contre un système dominé par les partis islamistes soutenus par l’Iran et gangrené par la corruption, boycottaient le scrutin. Pourtant, ceux qui ont joué le jeu de la participation ont réalisé une percée surprise, bénéficiant d’une nouvelle loi électorale plus favorable aux candidatures locales et aux indépendants.

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via LeMonde

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