En Iran, la classe moyenne malmenée par une inflation galopante


Dans une boucherie de Téhéran, le 15 juin 2022.

Il y a quelques mois, lorsque Parvin, 40 ans – qui s’exprime sous un pseudonyme pour des raisons de sécurité – a cherché à louer un appartement à Téhéran, les prix de l’immobilier l’ont plongée dans un profond désarroi. Le marché se révélait inaccessible, même dans les quartiers très modestes du centre et du sud de la capitale iranienne. Jusqu’en 2017, l’année de son départ avec ses parents dans une autre ville d’Iran, elle y louait pourtant un appartement « décent ». Aujourd’hui, ses recherches ont échoué.

Parvin a dû accepter la proposition d’une amie, propriétaire de son logement, de s’installer chez elle à condition de payer la moitié des charges. « Sans son aide, je n’aurais jamais pu avoir un toit à Téhéran », dit cette assistante sociale, titulaire d’un master, qui touche 10 millions de tomans (300 euros) par mois.

Selon le Centre des statistiques iranien, l’indice d’appauvrissement, qui combine le taux de chômage et le taux d’inflation, a atteint son plus bas niveau depuis vingt-cinq ans. Fin mars, l’inflation annuelle atteignait 40,1 % (contre 36,4 % un an plus tôt) et le chômage 9,2 %, des chiffres sous-évalués selon de nombreux économistes.

Fruits, légumes, riz, produits laitiers, œufs et viande rouge ont connu une hausse vertigineuse. D’autant plus qu’en mai, le gouvernement du président ultraconservateur Ebrahim Raïssi a ordonné la suppression des subventions sur certains produits alimentaires, dont la farine, multipliant le prix du pain et des pâtes. La devise iranienne ne cesse de plonger. Au 19 juin, 1 dollar valait 32 000 tomans, cinq fois plus qu’en 2018.

Ces derniers jours, ces taux records ont poussé certains commerçants à descendre dans les rues de Téhéran. Des protestations qui s’ajoutent aux rassemblements, presque quotidiens, dans tout le pays, d’enseignants et d’ouvriers contre la cherté de la vie.

Pression économique durable

Parvin calcule au plus près ses dépenses. « Je ne vais dans les épiceries que pour faire du lèche-vitrine, je regarde les prix et j’en sors les mains vides », dit-elle. Célibataire, elle n’a plus les moyens de prendre le taxi pour se déplacer et doit emprunter les transports en commun. Elle ne va plus au restaurant. Au travail, elle voit passer un nombre inédit de retraités venant quémander de l’aide pour pouvoir payer continuer à payer leurs appartements. « Avant, j’avais pourtant assez d’argent pour sortir, voyager, m’occuper de moi. Plus maintenant, se désole-t-elle. Je vis au jour le jour, sans pouvoir me projeter. »

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via LeMonde

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