En Iran, trois cinéastes de nouveau emprisonnés


Le réalisateur iranien Mohammad Rasoulof, lors du 57e Festival international du film de Saint-Sébastien(Espagne), le 19 septembre 2009.

Coup sur coup, trois figures du cinéma iranien ont été arrêtées ces derniers jours. Vendredi 8 juillet, Mohammad Rasoulof et son confrère Mostafa Al-Ahmad ont ainsi été interpellés chez eux et conduits en détention au motif de leur activisme « anti-révolutionnaire ». Lundi 11 juillet, ce fut au tour du cinéaste Jafar Panahi, venu devant la prison où étaient incarcérés ses deux collègues pour s’inquiéter de leur sort, d’être appréhendé.

Voici quelques années que les autorités iraniennes, dont les interventions étaient plus feutrées du temps du cinéaste Abbas Kiarostami, durcissent leur joug, jouant au chat et à la souris avec quelques cinéastes nationaux qui ne rentrent pas dans le rang. Jafar Panahi, ex-assistant de Kiarostami, lauréat du Lion d’or à Venise, en 2000, pour Le Cercle, et Mohammad Rasoulof, lauréat de l’Ours d’or, en 2020, au Festival de Berlin pour Le diable n’existe pas, furent particulièrement visés, victimes tour à tour d’arrestations temporaires, de condamnations à des peines d’emprisonnement et d’interdiction de sortie du territoire. Les cinéastes, souvent appuyés par les institutions cinéphiles du monde entier, faisaient de leur mieux pour contourner cet arbitraire.

Ces arrestations marquent un nouveau tour de vis opéré ces derniers jours. Les réalisateurs, conjointement à de nombreux autres artistes, avaient publiquement dénoncé, sur les réseaux sociaux, la répression policière consécutive à une manifestation protestant contre l’écroulement, le 23 mai, d’un immeuble dans le sud-ouest du pays, causant la mort de quarante-trois personnes. Le drame a touché la tour Métropole, dans la ville d’Abadan, dont le propriétaire du bâtiment, Hossein Abdolbaghi, proche de certaines figures puissantes de la République islamique d’Iran, avait réussi à contourner les règles de sécurité dans la construction de l’édifice. Des milliers d’Iraniens sont ainsi descendus dans la rue, à Abadan et ailleurs, pour dénoncer la corruption et l’incompétence des autorités. Face à cette colère populaire, la répression a été omniprésente. Dans leur lettre ouverte, les cinéastes iraniens demandaient aux forces de l’ordre de « déposer [leur] arme », phrase devenue un mot-dièse populaire sur les réseaux sociaux en persan.

Selon les informations relayées par l’une des avocates de M. Rasoulof, Maryam Kianersi, le cinéaste, placé en cellule d’isolement, est « en interrogatoire » à la prison tristement célèbre d’Evin. Jusqu’à présent, l’application de sa condamnation à un an de prison, confirmée en 2019, a été suspendue. Mais ses avocates redoutent que les autorités prennent prétexte de cette nouvelle arrestation pour le garder longuement en prison. Jafar Panahi, sous le coup d’une condamnation à six ans de prison, en suspens depuis 2010, pourrait voir sa peine appliquée.

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via LeMonde

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