En Italie, l’« affaire David Rossi » refait surface


Le Palazzo Salimbeni, bâtiment qui abrite les principaux bureaux de la banque Monte dei Paschi di Siena, à Sienne (Italie), le 2 juillet 2022.

LETTRE DE ROME

Comme l’intrigue a tout d’un roman policier, commençons par planter le décor. Il pleuvait fort sur Sienne ce 6 mars 2013, lorsque, vers 20 h 30, un corps inerte est retrouvé dans une petite rue longeant les murs du Palazzo Salimbeni, un majestueux édifice du XIVe siècle abritant le siège de la banque Monte dei Paschi, à deux pas de la sublime piazza del Campo. La victime, un homme à l’allure sportive, est en bras de chemise, et trois étages plus haut, les battants grands ouverts d’une fenêtre laissent peu de doute sur la cause du drame. Les secours arrivent sur place et, après avoir tenté en vain de le ranimer, ils doivent se rendre à l’évidence : David Rossi, 51 ans, est déclaré mort des conséquences de sa chute.

Voilà pour les certitudes, et celles-ci sont bien minces au regard des zones d’ombre entourant le drame. Car, dans cette petite ville prospère de Toscane, David Rossi était tout sauf un inconnu. Né ici même en 1961, il était le directeur de la communication de l’institution la plus importante de la ville, l’orgueilleuse Monte dei Paschi di Siena (MPS), alors troisième institution financière d’Italie, qui se targue, en raison de sa création en 1472, du titre de plus ancienne banque du monde.

Source de fierté pour la ville, ainsi que de confortables revenus financiers, la banque qui depuis toujours (ou presque) fait la pluie et le beau temps dans la région est alors secouée par une série de scandales, et son existence même est en péril.

Quelques jours plus tôt, le bureau et le domicile de David Rossi avaient été perquisitionnés, et celui-ci se savait menacé par les juges, qui enquêtaient sur les malversations supposées de l’ancien président de la banque, Giuseppe Mussari, dont il était très proche depuis des années.

David Rossi s’imagine traqué, écouté, il voit des ennemis partout… la pression aura été trop forte, et il se sera jeté par la fenêtre. D’ailleurs, n’a-t-il pas laissé un mot à sa femme pour expliquer son geste ? Deux heures à peine après l’annonce par l’agence de presse ANSA de la mort de David Rossi, une deuxième dépêche fait état de l’existence d’un message que l’homme aurait rédigé à l’intention de sa femme avant de se jeter dans le vide. L’affaire semble donc classée. Pourtant, dès l’origine, la version officielle est mise en cause, et l’invraisemblable chaîne de dysfonctionnements et d’erreurs qui marquera les débuts de l’enquête est telle que rien, plus de neuf ans après les faits, n’a permis de dissiper les doutes.

Investigations en dépit du bon sens

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via LeMonde

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