En Malaisie, la flambée de Covid-19 débouche sur une crise politique

Le premier ministre malaisien, Muhyiddin Yassin, sur les écrans d’un commerce de Kuala Lumpur, le 16 août 2021.

A la tête d’une majorité fantôme, sans légitimité des urnes et contesté dans la rue aussi bien qu’au Parlement, le premier ministre malaisien, Muhyiddin Yassin, a remis lundi 16 août sa démission au roi Abdullah, l’un des neuf sultans issus des Etats de la Fédération de Malaisie qui se succèdent tous les cinq ans.

Il reste chef de gouvernement par intérim, le temps que se clarifie une majorité en faveur d’une autre politique. Le sultan régnant nomme le premier ministre au terme des élections, ou lorsque celui-ci est à même de se prévaloir du soutien de la majorité des députés. Or, désigné en mars 2020, au début de l’épidémie de Covid-19, après un retournement d’alliance au sein de la coalition au pouvoir qui avait fait tomber le gouvernement de son allié, le patriarche Mahathir Mohamad, M. Muhyiddin n’a jamais eu à tester sa légitimité par les urnes ni à subir un vote de défiance au Parlement en raison des confinements successifs et d’un état d’urgence fédéral proclamé depuis janvier.

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Ce sursis l’a maintenu artificiellement au pouvoir, mais précipite aujourd’hui sa chute : les restrictions imposées à la population presque sans discontinuer depuis mars 2020 ont fortement affecté l’économie et ont été perçues comme un prétexte pour verrouiller la vie politique. La Malaisie, comme le reste de l’Asie du Sud-Est, a été relativement épargnée par la première vague de Covid. Mais les contaminations au variant Delta ont explosé au printemps, submergeant le système de santé et mettant en exergue toutes sortes de dysfonctionnements. Seuls 33 % des Malaisiens ont reçu deux doses de vaccin, une performance enviable pour l’Asie du Sud-Est, mais en deçà de celle des pays développés.

Impuissance du gouvernement

Tant et si bien que Muhyiddin a fini par être lâché par son principal soutien, l’Organisation nationale de l’unité des Malais. Il avait contribué en 2018 à la défaite historique de ce parti qui monopolisa le pouvoir durant six décennies, avant de le rallier début 2020 au moment où Mahathir s’apprêtait à céder le pouvoir à Anwar Ibrahim, l’éternel premier ministre en devenir de la politique malaisienne.

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Ces manœuvres politiciennes ont exaspéré la population alors que le nombre de contaminations n’a cessé d’augmenter malgré l’état d’urgence, dépassant les 5 000 par jour en mai pour atteindre aujourd’hui plus de 20 000, pour une population de 33 millions d’habitants. Le nombre de décès, 12 784 depuis le début de la pandémie, oscille entre 100 et 300 par jour depuis mi-juillet.

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via LeMonde

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