En Norvège, la « génération Utøya » entre au gouvernement

Les ministres norvégiens Tonje Brenna et Jan Christian Vestre, à Oslo, le 14 octobre 2021.

Un symbole. Voilà ce qu’ils sont devenus, dix ans après avoir survécu à l’attaque la plus violente commise sur le sol norvégien depuis la seconde guerre mondiale. Le 14 octobre, Tonje Brenna, 34 ans, et Jan Christian Vestre, 35 ans, ont intégré le gouvernement du social-démocrate Jonas Gahr Støre, élu en septembre. Visiblement ému, le ­premier ministre a exprimé sa « fierté » de les voir rejoindre son équipe et constaté que, « dix ans après, nous pouvons dire que la démocratie a gagné ».

Nouvelle ministre de l’éducation, Tonje Brenna reconnaît que sa nomination et celle de Jan Christian Vestre constituent « une image forte de l’échec du terrorisme ». Car, rappelle-t-elle, le 22 juillet 2011, quand Anders Behring Breivik a fait exploser une bombe devant le siège du gouvernement, dirigé alors par les travaillistes, puis que le terroriste d’extrême droite a attaqué le camp d’été de la Ligue des jeunes travaillistes (AUF) sur l’île d’Utøya, « son objectif était de stopper le ­recrutement au Parti travailliste ».

Hantés par les fantômes

Le 14 octobre, Jan Christian Vestre, nouveau ministre de l’industrie, n’a pu s’empêcher de penser aux absents : « Quand nous sommes sortis de l’audience avec le roi et que nous nous sommes retrouvés devant le château, j’ai jeté un œil à Tonje, raconte-t-il. Et je me suis dit, voilà, c’est nous deux, mais ça aurait pu être n’importe qui. J’ai commencé à penser aux autres, tellement talentueux, et qui ont été brutalement assassinés. Ils auraient pu devenir ministres eux aussi, réussir dans le monde de l’entreprise ou même avoir des boulots ordinaires. Ils auraient fondé des familles. » Ces fantômes, qui les hantent, ne sont jamais loin.

Comme nombre de leaders politiques en Norvège, Jan Christian Vestre et Tonje Brenna ont commencé leur carrière au sein du mouvement des jeunes de leur parti. Chaque formation politique possède le sien. Avec ses 14 000 adhérents, l’AUF est le plus important. Pépinières de talents, ces organisations fonctionnent aussi comme des boîtes à idées pour les partis, qui les consultent et n’échappent pas à leurs critiques, si les jeunes estiment que leurs aînés ne vont pas assez loin dans la défense des valeurs du parti et la mise en place d’une politique suffisamment ambitieuse.

En 2011, Tonje Brenna était secrétaire générale de l’AUF. Jan Chistian Vestre avait été nommé à la direction du mouvement. Ex-président de l’Association des élèves norvégiens, il travaillait comme conseiller au Parlement. Quand ils parlent de leur engagement, les deux jeunes ministres évoquent le rêve d’une « société égalitaire », la « solidarité internationale », la « lutte contre le racisme »… Tout ce qu’abhorrait Anders Behring Breivik.

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via LeMonde

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