En Palestine, une vague de colère « du fleuve à la mer »

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Publié aujourd’hui à 18h51

Une victoire du pauvre, un rappel à l’Histoire, ou une tempête parfaite. Chacun peut nommer comme il l’entend les événements de mai, mais quelque chose de nouveau a bel et bien secoué la Palestine. Dès les premiers jours du mois, des émeutes à Jérusalem ont ouvert la voie à une guerre, lancée le 10 mai par le Hamas à Gaza, qui a tué 254 Palestiniens et 12 Israéliens. Ce conflit a attisé des violences d’une ampleur inédite entre juifs et Arabes, dans les villes mixtes d’Israël. A leur tour, elles ont suscité une grève générale des Palestiniens, le 18 mai, de part et d’autre de la « ligne verte » qui avait signé, en 1949, le morcellement géographique de leur territoire.

Il n’y a pas de « normalité » en terre sainte. Nul ciel serein, que le hasard aurait soudain déchiré. Mais dans un quotidien déjà assombri de vexations perpétuelles, la multiplication des brimades infligées par la police aux Palestiniens de Jérusalem – silence imposé à un imam pour que s’exprime le président israélien Reuven Rivlin ; interdiction d’accéder aux lieux saints ; entraves à la circulation à la porte de Damas ; expulsion annoncée de familles dans le quartier de Cheikh Jarrah au profit des colons – ont été perçues comme des insultes à la dignité. Des humiliations rendues plus insupportables encore en ce mois de ramadan, période de ferveur religieuse, mais aussi de retrouvailles familiales indispensables et de solidarité.

Les multiples colères du peuple palestinien ont coagulé en une cause commune, dont la résurgence a surpris la communauté internationale lassée du conflit israélo-palestinien. Pendant ces événements, les jeunes manifestants ne se sont adressés qu’à eux-mêmes et aux opinions publiques internationales, en les interpellant directement sur les réseaux sociaux. Depuis le cessez-le-feu du 21 mai, à Gaza, la fièvre retombe. Mais qui sait la marque qu’elle laissera à long terme ?

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Qu’ont-ils en commun, Sirine et Mazen qui ont emprunté les mêmes chemins à Jérusalem-Est, les 9 et 10 mai ? Cette citoyenne arabe d’Israël et cet enfant du camp de réfugiés d’Al-Amari, en Cisjordanie occupée, ont défié les policiers israéliens dans la petite vallée de Cheikh Jarrah. Tard dans la nuit, ils ont couru devant les lourds chevaux andalous de la police montée.

Ils se sont écroulés de fatigue sur les tapis des mosquées de la Vieille Ville – Mazen avec les hommes à Al-Aqsa, Sirine avec les femmes dans le dôme du Rocher –, avant de retourner, à l’aube, faire face aux hommes en uniforme sur l’esplanade des Mosquées. Qu’ont-ils en commun avec Alaa, qui lutte pour que sa famille et ses voisins ne soient pas chassés de chez eux par la justice israélienne, et remplacés par des colons ? Qu’est-ce qui les relie à Ola, psychologue pour enfants à Gaza, épuisée par onze jours de bombardements ? Leurs quatre trajectoires, singulières, convergent pour former la trame d’un récit partagé d’un mois de mai palestinien.

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via LeMonde

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