En Pologne, le gouvernement national conservateur organise une opération de dénigrement des migrants

Un groupe de migrants arrêtés après avoir traversé la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, le 27 septembre 2021 à Michalowo (Pologne).

Est-il possible qu’un quart des migrants arrêtés et contrôlés à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie se soient livrés à des activités criminelles ou aient des liens avec des organisations terroristes ? Ce chiffre incite, à première vue, au scepticisme, mais c’est celui avancé, le 27 septembre, par les ministres de l’intérieur et de la défense polonais, Mariusz Kaminski et Mariusz Blaszczak, lors d’une conférence de presse qui a suscité un immense tollé chez les défenseurs des droits de l’homme et a été décriée comme un pas supplémentaire vers la déshumanisation des migrants par le gouvernement national conservateur du PiS (Droit et justice).

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Dans le contexte de la crise migratoire, déclenchée en août par le régime d’Alexandre Loukachenko, ce « nouveau pas » est la présentation devant les médias à Varsovie de documents à caractère pédophile et zoophile prétendument retrouvés sur des téléphones portables et des cartes mémoire de personnes arrêtées à la frontière. Ces photographies ont été abondement relayées par la presse pro-gouvernementale et par le journal télévisé de la principale chaîne d’information publique. « Le politiquement correct nous dicterait de ne pas parler de ces choses, mais la sécurité de notre patrie passe avant tout », a insisté Mariusz Blaszczak.

Doutes sur la qualité des documents

Les deux ministres ont commenté une longue présentation multimédia, dévoilant de nombreux documents et images censés prouver la dangerosité des personnes arrêtées : photographies de décapitation et de réunions de groupes terroristes, des entraînements militaires et personnes en uniformes, des consommateurs de drogue et de faux documents. « De nombreuses personnes contrôlées sympathisent avec des groupes terroristes, dont les talibans et le Jihad islamique palestinien. Vingt pour cent ont un lien de longue date avec l’Etat russe », a précisé M. Kaminski.

D’après le ministre, 9 400 tentatives illégales de passage ont été enregistrées à la frontière depuis le mois d’août : 8 200 d’entre elles ont été repoussées et 1 200 personnes ont été arrêtées et placées en centre de détention. Deux cents personnes ont été « scrupuleusement vérifiées » par les services de renseignement polonais. D’après M. Kaminski, « une personne sur quatre présente des liens dangereux, [se livre à] des pratiques illégales. Une personne sur dix présente un lien avec une organisation terroriste ou des groupes criminels ».

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Pour de nombreux observateurs, la véracité des documents présentés pose question. Des individus potentiellement dangereux ne feraient-ils pas preuve de davantage de prudence, alors que les appareils électroniques font systématiquement l’objet de contrôle à la frontière ? La qualité de certains documents accroît par ailleurs les doutes. Selon le site d’investigation OKO.press, la photographie à caractère zoophile proviendrait d’une capture d’écran d’une vidéo circulant de longue date sur Internet.

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via LeMonde

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