En Pologne, le rap nationaliste en plein essor

Le rappeur polonais Tadeusz « Tadek » Polkowski, en 2014, à Kielce.

LETTRE DE VARSOVIE

Le rap, un courant musical né comme le cri de douleur des minorités exclues, peut-il être de droite, voire nationaliste ? Un quart de siècle après son implantation en Pologne, certains représentants de cette culture, née dans les ghettos noirs américains, ont pris un tournant atypique. S’inspirant du message non conformiste et antisystème, ils ont adopté un discours imprégné de valeurs patriotiques aux penchants nationalistes et ultracatholiques, qui épouse celui des nationaux-conservateurs du PiS (Droit et justice) au pouvoir à Varsovie.

C’est ce phénomène spécifique que met en lumière l’ouvrage intitulé Le Rap au service de la nation. Le nationalisme et la culture populaire (Wydawnictwo Naukowe Scholar, 282 pages, 42 zlotys, non traduit), de Piotr Majewski, chercheur en sciences culturelles à l’Ecole de sciences sociales et humaines de Varsovie (SWPS).

Il souligne que la droitisation de certains courants du rap est un phénomène progressif depuis près d’une décennie, mais qu’il vit désormais son âge d’or sous les gouvernements du parti de Jaroslaw Kaczynski, dont les représentants n’hésitent pas à exploiter son potentiel de propagande culturelle.

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La Pologne et ses immenses barres d’immeubles grises héritées du communiste a toujours été une terre fertile pour l’art de rue, le rap et le hip-hop. Quand, dans les années 1990, le rap était en plein essor aux Etats-Unis, il était aussi solidement implanté en Pologne. Le chaos de la transformation démocratique post-1989, la transition brutale vers l’économie de marché et ses conséquences sociales ont constitué un environnement propice à son développement. Les groupes de rap amateurs foisonnaient alors dans les immeubles décrépits de l’immense quartier populaire que constituait à l’époque la majeure partie du pays.

Idéaux patriotiques

Les jeunes rappeurs dénonçaient de manière virulente les profondes inégalités économiques et sociales engendrées par la transformation démocratique, le manque de perspectives pour les groupes issus des classes non privilégiées, la corruption massive des responsables politiques en collusion avec le monde des affaires, autour d’un processus de privatisation perçu comme un pillage de la propriété nationale. Ces critiques étaient déjà le fonds de commerce du parti du Jaroslaw Kaczynski. Le rap n’en restait pas moins un phénomène antipolitique.

Jusqu’en 2012 et la sortie de l’album de Tadeusz « Tadek » Polkowski, précurseur du rap patriotique. Niewygodna prawda (« Une vérité qui dérange » ) est considéré comme le premier opus du genre, à la gloire notamment de héros polonais controversés de la seconde guerre mondiale et ouvertement promus dans les milieux de la droite nationaliste.

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via LeMonde

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