En remettant en cause le droit à l’avortement, les Etats-Unis cessent d’incarner la liberté

Analyse. En 2016, l’élection de Donald Trump a largement été interprétée comme la fin de l’ère libérale. « America First », promettait le président populiste, adoptant une position farouchement nationaliste, alors que les Etats-Unis s’étaient faits, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les protecteurs d’un ordre international construit sur des valeurs communes à l’Occident : l’Etat de droit, la démocratie, l’économie de marché et le libre-échange. Evidemment, les Etats-Unis n’ont jamais cessé de veiller avant tout à leurs intérêts, mais avec Trump, l’équivoque n’était plus permise : défendre la démocratie et les droits de l’homme à l’échelle mondiale n’était plus du tout une priorité.

Sur le plan géopolitique, l’élection d’un populiste tel que Trump restera une date déterminante, mais l’événement laisse derrière lui un long sillage, et ce n’est peut-être qu’aujourd’hui que l’un des fondements philosophiques du libéralisme politique est véritablement atteint. La fin annoncée de la jurisprudence Roe v. Wade, qui a établi un droit constitutionnel des femmes à avorter aux Etats-Unis, pourrait bien marquer, sur le plan des principes, la fin d’une période historique où les Etats-Unis souhaitaient incarner les valeurs de liberté.

Libéralisme pluriel

Le libéralisme politique est pluriel, mais son orientation générale revient à reconnaître la souveraineté de l’individu. Toute restriction aux libertés doit être justifiée. En ce sens, le droit accordé aux femmes à disposer de leur corps comme elles l’entendent représente un moment clé dans l’affirmation du principe d’autonomie, bien résumé par le slogan féministe « mon corps, mon choix ». Les Américaines (1973) et les Françaises (1975) ont vu l’accès à l’avortement libéralisé dans leur pays de façon concomitante, à une période où le libéralisme continuait de s’étendre.

Le 2 mai, le site Politico a révélé en quels termes la majorité conservatrice à la Cour suprême des Etats-Unis se prépare, à l’occasion d’un arrêt prévu d’ici à la fin de la session, début juillet, à lever la protection constitutionnelle du droit à l’avortement. Au-delà du choc provoqué par cette publication, l’issue était connue depuis longtemps. Les trois juges nommés par Trump ont accentué le déséquilibre des forces au sein de la Cour suprême en faveur des conservateurs, garantissant la victoire de la longue croisade réactionnaire lancée contre l’avortement depuis les années 1970. Dans leur combat contre le libéralisme, les plus ardents opposants à l’avortement ont bien compris à quel point les questions de genre sont fondamentales. C’est un point d’accord avec leurs adversaires.

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via LeMonde

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