En signe de défi au gouvernement et aux médias, Facebook prêt à bloquer les infos en Australie

Google a cédé. Facebook, lui, met ses menaces à exécution. Le géant des réseaux sociaux va restreindre le partage d’articles et de vidéos d’information en Australie, en représailles à un projet de loi qui, dans ce pays, veut forcer les plates-formes à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus.

« Nous faisons face à un choix désagréable : essayer de nous conformer à une loi qui ignore les réalités de la relation [entre le réseau et les éditeurs], ou bien cesser d’autoriser les contenus informatifs sur nos services en Australie, a détaillé le groupe dans un communiqué, mercredi 17 février. Avec le cœur lourd, nous choisissons la deuxième option. »

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Le gouvernement du pays travaille sur un « code de conduite contraignant » censé gouverner les relations entre des médias traditionnels en difficulté financière et les géants d’Internet, à commencer par Google et Facebook, qui captent la majorité des recettes publicitaires numériques mondiales.

Selon l’annonce de Facebook, ses utilisateurs australiens ne pourront plus voir ni partager de liens d’information provenant de médias locaux ou internationaux. Les médias australiens, eux, seront empêchés de publier leurs contenus sur des pages de la plate-forme.

Google avait aussi menacé de suspendre ses services en Australie, mais il vient de faire part d’un accord passé avec le groupe de médias de Rupert Murdoch, News Corp – qui comprend le Wall Street Journal, le New York Post, The Times, The Sun, The Australian

Relation déséquilibrée

Google a accepté de verser des « sommes significatives » en contrepartie des contenus de ces titres de presse qui apparaîtront sur sa plate-forme lancée en 2020, News Showcase. Ce « partenariat historique », selon les termes des deux sociétés, va lui permettre d’échapper à l’arbitrage forcé prévu par la future loi en cas d’échec des négociations avec les médias.

« Beaucoup de gens vont demander pourquoi nous réagissons différemment [de Google] », a reconnu William Easton, directeur de Facebook pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Le moteur de recherche de Google est « inextricablement lié aux infos, et les éditeurs de presse ne fournissent pas volontairement leur contenu. En revanche, sur Facebook, ils choisissent de publier les nouvelles parce que cela leur permet de vendre plus d’abonnements, de faire croître leur audience et d’augmenter leurs revenus publicitaires », a-t-il expliqué.

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Le premier réseau social au monde dit avoir généré plus de cinq milliards de liens renvoyant vers les publications australiennes, dont il estime la valeur à 407 millions de dollars australiens (261 millions d’euros) pour les médias. « Pour Facebook, les gains sont minimes, insiste le dirigeant. Les infos représentent moins de 4 % des contenus que les gens voient sur leur fil. » « Nous expliquons depuis des mois au gouvernement australien que l’échange de valeur entre Facebook et les éditeurs penche largement en leur faveur », a-t-il conclu. Le groupe américain a aussi précisé qu’il allait, désormais, privilégier les médias d’autres pays pour ses investissements dans l’information.

« Droit voisin »

Lundi, le secrétaire au Trésor australien, Josh Frydenberg, avait assuré que les discussions avec les patrons de Facebook et de Google, Mark Zuckerberg et Sundar Pichai, progressaient vers une résolution du contentieux. La législation, actuellement étudiée au Parlement, exigerait des deux groupes qu’ils négocient avec chaque média une rémunération en fonction du trafic que les titres génèrent. Faute d’accord, un arbitre trancherait.

Les plus gros groupes de presse australiens, News Corp et Nine Entertainment, ont estimé que ces compensations devraient s’élever à des centaines de millions de dollars par an.

L’accord avec Google « va avoir un impact positif sur le journalisme dans le monde entier, car nous aurons fermement établi qu’il y a un prix à payer pour le journalisme de qualité », a assuré, mercredi, Robert Thomson, le patron de News Corp. Google et Facebook, soutenus par le gouvernement américain, avaient affirmé que le projet australien saperait leur modèle économique et le fonctionnement même d’Internet.

Mais des efforts similaires pour un partage plus équitable des recettes publicitaires sont en cours ailleurs dans le monde, notamment en Europe. En janvier, Google avait annoncé la conclusion d’un accord-cadre qui ouvre la voie à la rémunération des quotidiens français au titre du « droit voisin », cette nouvelle prérogative similaire au droit d’auteur instaurée par une directive européenne il y a deux ans.

Lire aussi Tout comprendre au droit voisin, au centre du contentieux entre Google et les médias

La crise des médias a été aggravée par l’effondrement économique lié à la pandémie. En Australie, des dizaines de journaux ont été fermés et des centaines de journalistes licenciés.

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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