En Suisse, les Kosovars accusés d’avoir propagé le Covid-19

LETTRE DE ZURICH

Une infirmière surveille un patient atteint du Covid-19, pris en charge en réanimation, à l’hôpital de La-Chaux-de-Fonds (Suisse), en novembre 2020.

La flambée du coronavirus ces trois dernières semaines dans les hôpitaux suisses, dont les services d’urgence approchent la saturation de Genève à Zurich, trouverait ses origines à l’étranger. La faute aux vacanciers de retour des plages européennes, d’abord. Mais aussi, et c’est plus détonant, la faute aux déplacements d’une communauté étrangère en particulier, les Kosovars de Suisse. Ils sont 200 000 et le lien entre la Confédération et le petit pays albanophone des Balkans est si fort que ce dernier est parfois classé comme le « vingt-septième canton ». Or tous les témoignages concordent : cet été, Pristina, c’était Ibiza.

Des quatre coins de l’Europe et d’ailleurs, la diaspora est rentrée au pays pour faire la fête. En juillet, 446 000 passagers sont arrivés à l’aéroport de la capitale du Kosovo, contre 88 000 l’an passé et 280 000 en 2019, dernière année « normale ». Un vrai festival : des discothèques, des clubs et des restaurants bondés jusqu’au petit matin, des centaines de mariages géants à 300 convives ou davantage, des fêtes partout, jusque sur les plages d’Albanie, et pas un masque à l’horizon, aucune mesure de protection puisque le gouvernement kosovar les avait toutes levées avant les vacances.

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Comment expliquer cette ruée festive ? « De nombreux Kosovars n’avaient pas vu leurs proches depuis deux ans. Car l’année dernière, le traditionnel retour estival au pays n’était pas possible », explique la microbiologiste Fatime Imeri, directrice du Laborgemeinschaft 1, un laboratoire de diagnostic médical à Zurich.

« L’amalgame xénophobe est un réflexe naturel en Suisse quand quelque chose ne va pas. » Vjosa Gërvalla, animatrice du site d’information Albinfo

Et puis tous ces gens sont revenus en Suisse dès la mi-août : encore des avions pleins, des autobus bondés, vingt heures de route sans masque, peu de contrôles sanitaires à la frontière que l’on franchissait de toute manière facilement grâce aux tests PCR bidons en vente libre un peu partout. Ayant dansé tout l’été, les Kosovars se trouvèrent fort dépourvus quand frappa le variant Delta.

C’est peu après que les grands hôpitaux suisses ont commencé à remarquer que quelque chose clochait. Les services de soins intensifs se remplissaient. Des patients plutôt jeunes, non vaccinés, en grande partie d’origine étrangère, le plus souvent albanophones.

Une population peu vaccinée

De là est partie l’idée, largement relayée par la presse populaire et par le parti nationaliste UDC, que les Kosovars de retour dans leur pays d’accueil infectaient les Suisses et remplissaient « nos lits d’hôpitaux ». « L’amalgame xénophobe est un réflexe naturel en Suisse quand quelque chose ne va pas, souligne Vjosa Gërvalla, animatrice du site d’information Albinfo à destination de la diaspora albanophone helvétique. C’est la même chose pour les statistiques sur la délinquance. Dans le cas du virus, il conviendrait plutôt de chercher les responsabilités de cette flambée épidémique. »

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via LeMonde

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