En Syrie, une amnistie inédite ravive les traumatismes des familles de prisonniers et de disparus


Portraits de Bachar Al-Assad, à Damas, le 26 mai 2021.

Depuis l’annonce, le 30 avril, d’une amnistie en Syrie, la plus vaste, sur le papier, depuis le début du conflit syrien en 2011, Mahassine, une militante syrienne très connectée, reçoit constamment des appels de familles réfugiées, comme elle, au Liban. Des gens « en quête d’informations sur un proche disparu en prison, espérant l’identifier parmi les personnes libérées ou avoir des nouvelles à travers elles », dit-elle. Mahassine a elle-même appris la libération de trois membres de sa famille étendue, originaire de la banlieue de Damas. « Ils sont sortis à la suite du décret présidentiel. Ils étaient accusés de terrorisme, mais leurs dossiers étaient vides », dit-elle.

Une dizaine d’amnisties ont été promulguées depuis 2012. Mais la dernière en date, annoncée à l’occasion de la fête musulmane de l’Aïd-el-Fitr, est la première à concerner des Syriens condamnés pour « crimes terroristes », l’accusation la plus courante portée contre les membres de l’opposition. En théorie, il s’agit de la « concession la plus importante que le gouvernement syrien ait faite à ses opposants politiques et militaires depuis le début du conflit », écrit le Center for Operational Analysis and Research (COAR).

« Des prisonniers dont l’incarcération s’est faite dans le contexte du conflit sont concernés : ceux qui ont été déférés à la cour antiterroriste et au tribunal militaire », explique Noura Ghazi, une avocate qui fournit une assistance juridique aux familles de détenus et de personnes disparues. Sont exclus de ce « pardon » ceux reconnus coupables de crimes ayant « entraîné la mort d’un être humain ».

Cette mesure a replongé des milliers de familles syriennes, qui ignorent si leur proche incarcéré est toujours vivant ou non, dans les affres du doute. Aucune liste de noms n’a été publiée, et le nombre de prisonniers libérés reste flou. Des familles ont patienté des jours durant à une grande jonction de Damas, dans l’espoir de retrouver un parent.

Les premiers chiffres communiqués par des gouvernorats, le 5 mai, sont décevants : une centaine de prisonniers originaires de Damas et de ses environs ; une quarantaine de natifs de Deraa, dans le Sud. Les estimations officieuses les plus généreuses parlent de plusieurs centaines de détenus libérés jusqu’ici, y compris de la sinistre prison de Sednaya. Mais ce chiffre reste minime : plus de 130 000 personnes ont été arrêtées ou ont disparu depuis le début du conflit.

« Réconciliation nationale »

Dans le quotidien panarabe Asharq Al-Awsat, le témoignage anonyme d’un détenu de Deraa récemment libéré rappelle le fonctionnement du système carcéral syrien : l’homme est sorti squelettique, les jambes couvertes de suppurations, cassé par les tortures à répétition qu’il a subies. Les détenus amnistiés ont souvent été jetés dans la rue sans un sou, sans savoir comment retrouver leur famille, déplacée par les combats.

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via LeMonde

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