« En termes de soft power, le rendez-vous de l’Europe et du vaccin est un fiasco géant »

Un militaire ukrainien reçoit une dose du vaccin d’AstraZeneca, commercialisé sous le nom de CoviShield, à Kramatorsk, le 2 mars.

Alors que ses voisins européens commençaient à prendre livraison des vaccins anti-Covid-19 commandés par Bruxelles, l’Ukraine, seule au monde, cherchait frénétiquement un moyen de se procurer les précieuses doses. Pour des raisons assez compréhensibles, l’option Spoutnik V, disponible chez le voisin de l’Est un brin envahissant, était exclue. Kiev s’est donc tourné vers son soutien le plus sûr dans l’Union européenne (UE) : la Pologne.

Varsovie, nous a expliqué le ministre ukrainien des affaires étrangères, Dmytro Kuleba, a d’abord généreusement offert 1,2 million de son contingent de doses, livrables en avril. Mais confrontée au ralentissement des livraisons de vaccins dans l’UE et aux révisions à la baisse des engagements des laboratoires pharmaceutiques, la Pologne, craignant de ne pouvoir vacciner sa propre population, a retiré son offre.

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Le 23 février, Kiev a réceptionné ses premiers vaccins : un demi-million de doses génériques du vaccin AstraZeneca, produites par l’Inde. Pas de quoi lancer une campagne massive pour 44 millions d’habitants, mais l’Ukraine est reconnaissante. « Il nous reste toujours l’humour », commente M. Kuleba. Plus au sud, la Serbie, inondée de vaccins chinois, s’est livrée à Xi Jinping. En termes de soft power, cela s’appelle un fiasco géant.

Incapable de répondre aux espoirs de solidarité de populations qui se sentent profondément européennes même si elles ne font pas partie du club des Vingt-Sept, l’Europe a manqué une belle occasion de promouvoir son modèle dans son voisinage. Elle a offert un boulevard à la Russie et à la Chine. L’Europe, son modèle social, sa science, ses valeurs n’ont pas été au rendez-vous.

Situation sanitaire désespérée

A cette défaillance à l’extérieur s’ajoutent les fractures internes. L’unité façonnée par la formidable initiative, prise en juin 2020, de mutualiser les commandes de vaccins à l’échelle de l’UE pour éviter des inégalités dévastatrices est en train de se fissurer.

Le premier à s’en affranchir aura été Viktor Orban, le premier ministre hongrois, qui ne saurait manquer une occasion de défier l’UE sans pour autant souhaiter la quitter. Après avoir accueilli des stocks de vaccins russes et chinois, non homologués par l’Agence européenne du médicament (EMA), M. Orban a poussé l’originalité jusqu’à se faire inoculer personnellement un vaccin chinois, plutôt que l’AstraZeneca ou le Pfizer-BioNtech livrés par l’UE à la Hongrie. Jusqu’ici, pas de surprise.

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via LeMonde

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