En Thaïlande, des monarchistes repentis en guerre contre la royauté

Le militant Luk Nat, qui a perdu la vue d’un œil lors d’une manifestation antigouvernementale, devant la Cour constitutionnelle de Thaïlande, à Bangkok, le 10 novembre 2021.

Avec son costume et ses chaussures vernies, Tanat Thanakitamnuay, 29 ans – plus connu sous le surnom de « Luk Nat » –, aurait des allures de jeune consultant s’il n’y avait ce bandeau noir lui barrant le côté droit du visage. Ancien militant ultraroyaliste dans une Thaïlande où les questions politiques liées à la royauté sont clivantes, il est devenu l’adversaire d’une monarchie qui n’a de constitutionnelle que le nom, où le roi dispose de pouvoirs exorbitants. Luk Nat est aujourd’hui associé à la mouvance de ces jeunes Thaïlandais en lutte contre l’emprise persistante des généraux putschistes de 2014, date du dernier coup d’Etat militaire.

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L’actuel premier ministre, Prayuth Chan-o-cha, l’auteur du putsch, gouverne le pays d’une main lourde au nom du monarque. Le souverain Maha Vajiralongkorn est contesté par une frange croissante de l’opinion ; sa personnalité controversée a donné lieu, depuis 2020, un an après son intronisation, à un mouvement antimonarchique inédit dans l’histoire de l’ex-royaume de Siam.

Malgré la répression, le camp antigouvernemental se gonfle de nouvelles recrues : non seulement des ex-royalistes forcenés comme Luk Nat, éduqué en Angleterre et fils d’un magnat de l’immobilier, mais aussi des conservateurs anciennement associés aux « chemises jaunes », gardiens de l’ordre établi et partisans des putschistes de 2014. Aujourd’hui, la situation politique se tend à nouveau : une bataille autour de la loi draconienne de lèse-majesté, l’article 112 du code pénal, a commencé.

Depuis novembre 2020, 151 personnes font l’objet de poursuites pour ce crime. L’an dernier, avant qu’une nouvelle vague de Covid-19 ne frappe durement le pays, la jeunesse a réclamé une réforme de la monarchie pour la réintégrer dans un cadre constitutionnel. En réponse, la Cour constitutionnelle a jugé, le 10 novembre, que les actions de trois des figures les plus connues de la contestation constituaient une tentative de renversement de la monarchie. Douche froide pour les « frondeurs ».

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Coups d’éclat d’enfant gâté

La nouvelle offensive contre l’article 112 a été lancée dans une ambiance de carnaval le 31 octobre, quand des milliers de personnes se sont rassemblées à Ratchaprasong, au cœur du Bangkok des malls flamboyants et des écrans géants. Les cheveux teints en vert, la bouche barbouillée de rouge, Luk Nat y a fait un discours en anglais. Son cache-œil arborait cette fois le nombre 112, barré d’un trait. Ce bandeau est pour lui comme une médaille de guerre : le 13 août, lors d’un rassemblement, l’explosion d’une grenade lacrymogène lui a coûté un œil. Cela faisait alors exactement treize jours qu’il avait rejoint sur le terrain le mouvement de protestation, après être « sorti du placard », en ligne.

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via LeMonde

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