En Thaïlande, l’acteur Sakda Kaewbuadee, ange gardien des demandeurs d’asile


L’acteur thaïlandais Sakda Kaewbuadee, au Festival de Cannes, le 22 mai 2004.

LETTRE DE BANGKOK

C’est un dimanche brûlant de juin, dans une ruelle de la banlieue nord de Bangkok. Ici vivent en toute discrétion quelque 300 Hmong du Vietnam, une ethnie persécutée dans ce pays communiste qu’ils ont fui.

Autour du pasteur et de son fils qui les a réunis ce jour-là, plusieurs d’entre eux racontent la répression des manifestations dans la province de Dien Bien en 2011 : ils demandaient de pratiquer librement la religion chrétienne, de récupérer leurs terres spoliées et une carte d’identité pour poursuivre des études supérieures. L’armée vietnamienne est intervenue, des tirs ont retenti, il y a eu des morts et de longs séjours en prison.

Bao, la quarantaine, a été détenu pendant deux ans et torturé pour avoir pris la tête d’un groupe de quinze familles protestataires ; il s’est enfui en Thaïlande il y a six ans. Thi Mua, elle, sort d’une pochette les photos de deux cadavres : son premier fils a été tué à l’âge de 13 ans en 2014 avec trois de ses copains ; le second, à 19 ans, d’une balle dans la tête, pour, lui dit-on, l’empêcher de s’enfuir et de demander justice pour son frère ; elle est partie vers la Thaïlande en 2020.

Sakda Kaewbuadee les écoute. A 43 ans, cet acteur de cinéma d’auteur est l’égérie masculine des films d’Apichatpong Weerasethakul, le réalisateur thaïlandais lauréat de la Palme d’or en 2010 à Cannes avec Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures. Il s’enquiert de la demande d’asile au Canada de la famille du pasteur.

Depuis 2017, le comédien aide des candidats à l’asile politique à s’extirper des limbes de l’oubli : la Thaïlande n’a jamais signé la convention sur le statut des réfugiés de 1951 et ne reconnaît pas les demandeurs d’asile politique. Tout juste autorise-t-elle le bureau local du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à accorder à ceux qui se déclarent comme tels une carte de « personnes relevant de sa compétence », mais qui n’offre aucune protection légale.

Près d’un millier de candidats à l’asile dans un autre pays sont dans des centres de détention de l’immigration, exposés à toutes sortes de rackets. Environ 5 000 personnes vivent, comme les Hmong, sans titre de séjour, de petits boulots non déclarés et sous la menace d’une arrestation surprise.

Appel aux dons et petits gestes

Il y a cinq ans, Sakda Kaewbuadee découvrait par hasard les difficultés inextricables auxquelles était confronté un Congolais emprisonné à Bangkok après avoir fui son pays. Depuis, il a sauvé cinq familles du no man’s land de l’asile politique en Thaïlande. Des Hmong ont notamment été accueillis à Nantes. En juin, une famille pakistanaise chrétienne a obtenu l’asile au Canada. Leurs billets d’avion sont pris en charge par le HCR – ils devront les rembourser. Mais pas l’amende de sortie du territoire thaïlandais pour séjour illégal, soit 100 000 baths (2 700 euros). Sakda Kaewbuadee a alors lancé sur Facebook un appel aux dons en ligne le 17 juin – et réuni la somme en une heure, grâce à 250 personnes.

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via LeMonde

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