En Thaïlande, le cannabis dépénalisé


Une vendeuse de produits à base de cannabis à l’occasion du salon « Thailand : 420 Legalaew ! », organisé par Highland dans la province de Nakhon Pathom, en Thaïlande, le 11 juin 2022.

A quelques encablures du quartier des temples et du palais royal, Khao San Road, la Mecque du touriste étranger à Bangkok, avec ses bars, ses guest houses et ses boutiques de souvenirs, a vu apparaître ces dernières semaines un nouveau type de commerce : celui du cannabis, connu sous le terme de ganja en Thaïlande, sous toutes ses formes et variétés, ou presque.

Frame, 31 ans, sa sœur Fen et un troisième frère, qui n’ont pas donné leur nom, ont investi 400 000 baths (12 000 euros) de leurs économies dans un weed truck, camion à herbe baptisé Good Gets (les bons plans), dont l’étal réfrigéré expose une demi-douzaine de variétés de fleurs rangées dans des bocaux. Ils en font pousser chez eux et en achètent à un fournisseur dans leur province natale, à Surat Thani, dans le sud du pays. Moyennant une obole journalière versée à la police, ils occupent depuis le 20 juin cet emplacement un peu à l’écart de la rue principale, celle où les bars rivalisent de puissance sonore pour attirer le chaland : « On n’a pas osé se mettre là-bas, on ne parle pas assez bien anglais », dit l’un des frères.

D’autres étals vendent du shampoing, du savon et des huiles, des pipes à eau et du papier à cigarette, avec partout la même pancarte : « La marijuana n’est plus illégale en Thaïlande désormais. Mais il n’est pas autorisé de fumer dans les endroits publics. » Tout est dit : rien ne peut empêcher son usage récréatif depuis le 9 juin, le jour où une réforme a retiré la marijuana de la liste des substances classées comme stupéfiants.

« Hub médicinal »

Cette dépénalisation du cannabis parachève les réformes entamées en 2019 pour permettre la culture du cannabis pour son usage médicinal sous certaines conditions et son utilisation comme supplément alimentaire, sous la forme de cannabidiol (CBD), le composé du cannabis non psychoactif. Elle doit faire de la Thaïlande un « hub médicinal et du bien-être », avec des revenus estimés d’ici à cinq ans à près de 3 milliards d’euros par le ministre de la santé, Anutin Charnvirakul, le promoteur de cette réforme au sein du gouvernement.

Cet ancien allié de Thaksin Shinawatra, l’ex-premier ministre en exil, et patron d’un des plus gros groupes de BTP du pays, avait fait campagne aux législatives de 2019, avec son parti, le Bhumjaithai, pour la libéralisation du cannabis à des fins médicales. Or, son apport de sièges fut essentiel aux généraux auteurs du coup d’Etat de 2014 quand il s’est agi pour eux de constituer un gouvernement de coalition. Malmené par des motions de censure – la prochaine est attendue mi-juillet –, le premier ministre, le général putschiste Prayuth Chan-o-cha, n’a eu d’autre choix que de céder aux demandes de ce partenaire devenu incontournable.

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via LeMonde

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