En Tunisie, avis de tempête sur Ennahda

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Le président du Parlement, Rached Ghannouchi, au siège du parti Ennahda, à Tunis, le 29 juillet 2021.

La rupture est consommée au sein du parti Ennahda. En l’espace d’un week-end, les 25 et 26 septembre, une centaine de cadres ont claqué la porte de la formation islamo-conservatrice tunisienne. Bon nombre d’entre eux contestent les décisions et la ligne politique de leur chef historique, Rached Ghannouchi, 80 ans dont trente à la tête d’Ennahda, également président du Parlement.

Samir Dilou, député et militant depuis quarante ans, présente ainsi sa démission comme une « décision définitive et irrévocable » face à un parti qui, précise-t-il, « s’apparente de plus en plus à une secte menée par un gourou ». « Il n’y avait plus de possibilité de réformes ou de changement de stratégie au sein du parti, qui est désormais gouverné seulement par Rached Ghannouchi », a asséné lundi Abdellatif Mekki, ancien ministre de la santé, lui aussi démissionnaire, dans un entretien à une radio.

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Ces mots pèsent lourd chez des militants connus pour leur discipline et leur fidélité à cette mouvance politique dans laquelle beaucoup ont milité durant leur jeunesse. Certains ont même été emprisonnés et torturés pour leurs convictions idéologiques. Mais depuis plusieurs mois, les langues se délient sur fond de crise lancinante pour ce parti qui dominait la vie politique tunisienne depuis dix ans.

Crise de confiance

L’origine du désamour entre le leader d’Ennahda et certains cadres remonte à 2014. Après les élections remportées cette année-là par le camp dit moderniste, Rached Ghannouchi et le président élu, Béji Caïd Essebsi (mort en 2019), passent un accord pour mettre en place un gouvernement de cohabitation entre leurs partis, Ennahda et Nidaa Tounes, jusque-là ennemis jurés. Cette gouvernance hybride donne lieu à de nombreuses tractations politiques qui ont accentué la crise de confiance de la population envers la classe politique.

Deux ans plus tard, sous la direction de Rached Ghannouchi, Ennahda franchit une nouvelle étape en actant son aggiornamento doctrinal. Lors d’un congrès à Hammamet, la formation se redéfinit officiellement en parti « civil », rompant avec ses activités traditionnelles de prédication religieuse. Ce big bang idéologique vise à normaliser son image sur la scène politique et à l’international, mais il ne convainc ni sa base militante, ni ses opposants.

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via LeMonde

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